Le nombre d'élèves présentant des troubles du neurodéveloppement (TND) ne cesse d'augmenter dans les établissements scolaires français. Selon une récente enquête de l'Éducation nationale, près de 10 % des élèves seraient concernés par un trouble tel que le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles dys (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie) ou les troubles du spectre autistique (TSA). Face à ce constat, le ministère de l'Éducation nationale a présenté un plan d'action visant à mieux former les enseignants et à adapter les pratiques pédagogiques.
Un constat alarmant et des inégalités territoriales
L'enquête révèle que seulement 30 % des enseignants se sentent formés pour accueillir ces élèves. Les retards de diagnostic et le manque de structures adaptées aggravent les difficultés. « Les familles sont souvent désemparées, et les enseignants manquent de ressources », explique Sophie Cluzel, secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées. Les disparités régionales sont également marquées : en Île-de-France, le taux de repérage est deux fois plus élevé que dans certaines régions rurales.
Un plan en trois axes : formation, détection, accompagnement
Le plan présenté par le ministre de l'Éducation nationale, Pap Ndiaye, prévoit trois axes principaux. D'abord, la formation initiale et continue des enseignants sera renforcée : un module obligatoire sur les TND sera intégré dans les masters MEEF dès la rentrée 2024. Ensuite, un dépistage systématique sera mis en place en grande section de maternelle, avec un test standardisé pour repérer les signes précoces. Enfin, des « pôles inclusifs d'accompagnement localisés » (PIAL) seront déployés dans chaque département pour coordonner les aides.
Des aménagements concrets dans les classes
Les préconisations incluent également des aménagements pédagogiques : utilisation de supports visuels, temps supplémentaires pour les évaluations, ou encore des espaces de calme dans les écoles. « Un élève avec TDAH peut bénéficier d'un casque anti-bruit et de pauses régulières », précise le guide pratique distribué aux enseignants. Ces mesures visent à réduire l'échec scolaire : actuellement, 40 % des élèves avec TND redoublent ou décrochent avant la fin du collège.
Des associations saluent mais attendent des moyens
Les associations de parents d'élèves et les spécialistes accueillent favorablement ces annonces, mais restent prudents. « C'est un pas dans la bonne direction, mais il faut des moyens humains et financiers à la hauteur », estime Marie-Claude Bossière, présidente de l'association HyperSupers TDAH France. Elle rappelle que le nombre d'auxiliaires de vie scolaire (AVS) reste insuffisant, avec un ratio d'un AVS pour 12 élèves en situation de handicap.
Un enjeu de société et de réussite éducative
Au-delà de l'école, l'inclusion des personnes avec TND est un enjeu de société. Le coût social de la non-prise en charge est estimé à plusieurs milliards d'euros par an, entre pertes de productivité et soins. « Investir dans l'éducation inclusive, c'est investir dans l'avenir », conclut le ministre. Le plan sera évalué dans deux ans, avec des indicateurs précis comme le taux de réussite au brevet des collèges pour les élèves avec TND.



