Club Santé : l'IA réinvente déjà la médecine au quotidien
Club Santé : l'IA réinvente déjà la médecine au quotidien

Lors du dernier Club Santé de Nice-Matin, consacré au thème « Intelligence artificielle, des promesses aux usages : comment transformer l’innovation en impact réel en santé ? », les débats ont rapidement dépassé le stade de la théorie. Après avoir analysé les attentes et les réserves des Français, les experts et professionnels de terrain ont démontré, exemples à l’appui, que l’intelligence artificielle est déjà une réalité opérationnelle. De la haute précision chirurgicale à la lutte contre les déserts médicaux, gros plan sur une médecine en pleine mutation.

La précision augmentée : du bloc opératoire à la radiologie

Au bloc opératoire, l’IA s’impose désormais comme un copilote de haute précision. Thibault Vermesch, chirurgien orthopédiste à la clinique du palais à Grasse (groupe Sedna), l’utilise pour la pose de prothèses du genou, notamment dans les situations anatomiques complexes. Il rappelle la valeur ajoutée de cet outil tout en fixant ses limites : « L’analyse des données permet de réduire significativement la marge d’erreur humaine. [...] l’IA reste une aide. Elle améliore nos pratiques, mais ne remplacera jamais le chirurgien. »

Ce constat d’une assistance technologique maîtrisée se vérifie également en imagerie médicale et dans le suivi quotidien. Anne Belmon, adjointe de direction à l’institut Arnault Tzanck, pointe son intégration désormais courante : « La plupart des examens sont au moins en partie assistés par ces outils, qui contribuent à affiner le diagnostic. » L’établissement mise aussi sur les objets connectés, notamment pour le suivi des patients atteints d’insuffisance cardiaque. Elle rapporte : « Nous avons mis en place des dispositifs dédiés, avec des résultats très positifs. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

De la molécule au territoire : la force des algorithmes prédictifs

L’intérêt clinique de l’IA se décline également à l’échelle moléculaire, ouvrant la voie à une médecine personnalisée d’une efficacité inédite. Alexandre Destere, pharmacologue et toxicologue clinique au CHU de Nice, partage ses avancées : « Nous avons développé un algorithme prédictif destiné aux patients atteints d’une maladie rénale auto-immune. Cet outil nous permet de classer les profils pour déterminer, avant même d’administrer le traitement, si le patient a de fortes chances d’obtenir une rémission, qu’il n’est pas exposé à un échec thérapeutique. Les résultats sont spectaculaires : le taux de rémission est de 80 %, alors qu’il stagnait à 50 % sans l’apport de l’IA. »

Changement d’échelle avec Mylène Ezavin, directrice générale du groupe hospitalier de la Riviera française, qui pilote un projet ambitieux visant à décloisonner la médecine de ville et l’hôpital à l’échelle d’un bassin de population : « Concrètement, les médecins du territoire ont accepté de partager les « déterminants de santé » de leurs patients (comme le tabagisme, la précarité ou l’obésité) à travers un accès croisé aux dossiers médicaux. L’analyse de ces indicateurs de santé publique permet d’ajuster au plus près les campagnes de prévention afin de répondre précisément aux besoins réels de la population tout en diminuant les dépenses de santé inutiles. »

Le quotidien réinventé : gain de temps et équité face aux soins

La révolution technologique s’invite jusque dans l’intimité de la consultation grâce à l’IA conversationnelle. Guillaume Girard, directeur général adjoint du Centre Antoine Lacassagne, y expérimente un outil qui enregistre les échanges audio pour générer automatiquement des comptes rendus écrits : « Bien que freiné en Europe par une réglementation stricte qui le maintient en phase de test, ce dispositif promet un gain de temps majeur en éliminant la saisie manuelle et, à terme, en automatisant les prescriptions dictées oralement. Toutefois, la responsabilité reste entièrement médicale : il incombe au médecin de vérifier, corriger et valider le contenu. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

L’innovation technologique s’avère être un puissant levier d’équité territoriale, notamment en ophtalmologie où elle s’intègre à la pratique quotidienne. Stéphane Roda, responsable communication et innovation chez Newvision, en résume les principaux bénéfices pour les patients : « L’utilisation de machines robotisées et d’algorithmes permet de réaliser des bilans visuels ultra-rapides et précis. Ils contribuent aussi à rapprocher les soins des patients qui vivent dans des déserts médicaux où un simple bilan visuel impose de longs trajets ; déployés au plus près du terrain, ces outils participent directement à réduire les inégalités d’accès aux soins. »

L’IA comme levier d’apaisement et de présence

Annie Couty de Weweire, directrice de la Fondation Pauliani, met en avant un usage très concret de l’IA en Ehpad, déjà perçu comme un levier d’efficacité et de qualité de prise en charge. « L’IA nous permet déjà de gagner un temps précieux au niveau administratif, notamment grâce à la rédaction automatisée de comptes rendus. Ce temps est réinvesti auprès des résidents. Demain, l’IA devrait surtout nous aider à mieux coordonner des informations encore trop dispersées entre les professionnels, afin de construire des projets personnalisés plus cohérents et renforcer la prévention. À terme, elle pourrait aussi permettre d’affiner le suivi des troubles du comportement, pour adapter plus finement l’accompagnement. »

Plus surprenant, la technologie peut aussi devenir un levier d’apaisement. Céline Metge, directrice de la Fondation Lenval, en donne un exemple concret en pédiatrie : « Nous avons expérimenté aux urgences un petit robot peluche, “Paro”, en forme de phoque, capable d’interagir avec les enfants. » Loin de l’image d’une technologie déshumanisante, ce dispositif capte les émotions des jeunes patients et les aide à mieux supporter des soins parfois douloureux, comme les sutures. « L’objectif est de réhumaniser la prise en charge. »