La canicule qui frappe la France depuis plusieurs jours transforme en profondeur les conditions de travail dans tous les secteurs, de l'agriculture à l'enseignement, en passant par le BTP et les services. Les températures dépassant les 35°C dans de nombreuses régions obligent employeurs et salariés à s'adapter, souvent dans l'urgence.
Agriculture et BTP : les secteurs les plus exposés
Dans l'agriculture, les vendanges ont dû être avancées de deux semaines dans le Sud-Ouest pour éviter les pics de chaleur. « On commence à 5 heures du matin pour finir avant midi », explique Jean-Pierre Durand, viticulteur dans le Gers. Selon la MSA, 15 % des accidents du travail en été sont liés à la chaleur. Dans le BTP, les chantiers sont réorganisés : les horaires décalés et les pauses obligatoires toutes les heures sont devenus la norme sur les grands projets.
Enseignement et télétravail : des adaptations contrastées
Dans les écoles, la canicule perturbe les apprentissages. Une enquête du syndicat SNUipp-FSU révèle que 40 % des enseignants jugent les conditions de travail « très difficiles » au-delà de 30°C. Certaines mairies ont installé des brumisateurs dans les cours, mais les salles de classe restent souvent mal ventilées. « On fait cours en chemise et on boit deux litres d'eau par heure », témoigne Sophie Martin, professeure dans une école primaire à Lyon.
Le télétravail, plébiscité pendant la pandémie, montre ses limites en période de canicule. Selon une étude de l'INRS, 30 % des télétravailleurs déclarent une baisse de productivité due à la chaleur, faute de climatisation dans leur logement. Les entreprises commencent à proposer des solutions, comme le prêt de ventilateurs ou des horaires flexibles.
Services et santé : une pression accrue
Dans les services, les livreurs et les chauffeurs sont particulièrement touchés. La Poste a équipé ses facteurs de gourdes isothermes et de casquettes ventilées, mais les arrêts maladie augmentent de 20 % pendant les vagues de chaleur, selon la CNAM. Dans les hôpitaux, les services d'urgence font face à un afflux de patients souffrant de déshydratation et de coups de chaleur, avec une hausse de 25 % des consultations pendant les pics de canicule.
Vers une réglementation renforcée ?
Face à ces constats, le gouvernement réfléchit à un renforcement de la réglementation sur le travail en période de canicule. Le ministère du Travail a lancé une consultation sur l'abaissement du seuil de déclenchement des mesures obligatoires, actuellement fixé à 33°C. Les syndicats réclament une meilleure prise en compte des spécificités de chaque métier et des investissements dans la rénovation thermique des bâtiments. « Il y a un avant et un après canicule dans le monde du travail », conclut Jean-Claude Mailly, ancien secrétaire général de Force ouvrière.



