La France traverse un nouvel épisode de chaleur intense, et les personnes souffrant de troubles psychiques sont particulièrement exposées aux risques liés à la canicule. Selon Marine Akkaoui, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne de Paris (GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences), une combinaison de facteurs aggrave leur vulnérabilité : déshydratation, stress, difficultés à dormir, mais surtout altération de la thermorégulation corporelle due à certains médicaments psychotropes et antidépresseurs.
Des médicaments qui perturbent la thermorégulation
De nombreux traitements psychiatriques, notamment les neuroleptiques et certains antidépresseurs, peuvent interférer avec les mécanismes naturels de régulation de la température corporelle. « Ces médicaments réduisent la capacité du corps à se refroidir, ce qui expose les patients à un risque accru de coup de chaleur et de déshydratation », explique Marine Akkaoui. Les personnes atteintes de dépression, de bipolarité ou de schizophrénie sont ainsi plus vulnérables lors des pics de chaleur.
Un stress thermique aux multiples conséquences
Au-delà de l’effet direct des médicaments, la canicule aggrave les symptômes psychiques. La chaleur intense peut provoquer des troubles du sommeil, de l’irritabilité, une augmentation de l’anxiété et même des épisodes de confusion mentale. « Le stress thermique peut déstabiliser l’équilibre psychique déjà fragile de ces patients, rendant plus difficile la gestion de leur maladie », souligne la psychiatre. Les personnes vivant seules ou en situation de précarité sont encore plus exposées, car elles ont moins accès à des espaces climatisés ou à une hydratation régulière.
Un manque d’intégration dans les plans de prévention
Malgré ces risques avérés, la santé mentale reste insuffisamment prise en compte dans les plans canicule. « Les messages de prévention ciblent principalement les personnes âgées et les nourrissons, mais les patients psychiatriques sont souvent oubliés », regrette Marine Akkaoui. Elle appelle à une meilleure information des professionnels de santé et des patients eux-mêmes sur les dangers de la chaleur, ainsi qu’à des mesures spécifiques comme la réévaluation des traitements pendant les épisodes caniculaires.
Quelles recommandations pour les patients ?
La psychiatre conseille aux personnes sous traitement psychotrope de boire régulièrement de l’eau, de rester dans des endroits frais, d’éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes et de surveiller les signes de déshydratation ou de coup de chaleur. « Il est important que les patients consultent leur médecin traitant ou leur psychiatre en cas de doute, pour ajuster éventuellement le traitement », ajoute-t-elle. Les proches et les aidants doivent également être vigilants et ne pas hésiter à contacter les services d’urgence en cas de malaise.



