Plus de 80 % des adultes de Guadeloupe et de Martinique sont contaminés au chlordécone, et un sur six dépasse le seuil de risque sanitaire, selon une étude de Santé publique France (SpF) publiée mardi 23 juin 2026. Ces résultats confirment une persistance généralisée de ce pesticide plus de trente ans après son interdiction.
Des taux de contamination élevés
La part d’adultes présentant du chlordécone détectable dans le sang atteint 81,3 % en Guadeloupe et 85,5 % en Martinique, d’après l’étude Kannari 2, menée auprès de quelque 2 300 personnes sur les deux territoires. Ces données ont été dévoilées lors d’un colloque scientifique à Fort-de-France.
Classé depuis 1979 comme agent possiblement cancérogène, le chlordécone a été utilisé aux Antilles dès 1972 et par dérogation jusqu’en 1993, alors qu’il était interdit dans l’Hexagone dès 1990. Répandu massivement dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, il a durablement contaminé plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles, les cours d’eau et le milieu marin.
Un risque sanitaire persistant
Plus de trente ans après son interdiction, 14,3 % des adultes en Guadeloupe et 18,7 % en Martinique dépassent encore la valeur toxicologique de référence. Ce seuil marque le niveau au-dessus duquel « le risque d’apparition d’effets sur la santé au sein de la population ne peut être exclu », selon Santé publique France.
Lancée en 2024, l’étude actualise les conclusions d’une précédente étude réalisée en 2013-2014, qui établissait que plus de neuf Antillais sur dix étaient contaminés. L’imprégnation recule légèrement, mais reste généralisée, avec toutefois « de fortes disparités », relève SpF. Les habitants des zones contaminées affichent des niveaux deux à trois fois supérieurs aux autres, les pêcheurs et agriculteurs étant les plus exposés. Le niveau de concentration s’accroît en outre avec l’âge, « avec une différence notable entre les moins de 50 ans et les 50 ans ou plus ».
Les explications et le contexte judiciaire
Le faible recul général s’explique notamment par le fait que certains aliments, « même s’ils sont conformes à la mise sur le marché, ne sont pas à zéro chlordécone », a expliqué à l’AFP Jacques Rosine, délégué régional de SpF pour les Antilles.
Ces résultats interviennent après la confirmation lundi, par la cour d’appel de Paris, du non-lieu dans le volet pénal du scandale, après vingt ans de procédures. Les avocats des parties civiles, qui ont dénoncé un « jour sombre », ont annoncé un pourvoi devant la Cour de cassation.



