Alain Claeys : « Sur l’aide à mourir, on ne peut pas laisser dire n’importe quoi »
Alain Claeys : « Sur l’aide à mourir, on ne peut pas laisser dire n’importe quoi »

Dans un entretien accordé à Libération, l’ancien député socialiste Alain Claeys, co-auteur de la loi Claeys-Leonetti de 2016 sur la fin de vie, revient sur les débats actuels autour de l’aide à mourir. Il estime que le cadre législatif existant permet déjà de répondre aux situations les plus difficiles, et s’inquiète des possibles dérives d’un projet de loi qui irait vers une légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté.

Un cadre déjà existant et « équilibré »

Alain Claeys rappelle que la loi de 2016 a instauré un droit à la sédation profonde et continue jusqu’au décès pour les patients atteints d’une affection grave et incurable, lorsque leur pronostic vital est engagé à court terme. Ce dispositif, encadré par une procédure collégiale et le respect de la volonté du patient, permet selon lui d’éviter les souffrances insupportables sans recourir à l’euthanasie active. « On ne laisse personne souffrir », assure-t-il, tout en reconnaissant que des difficultés d’application persistent, notamment par manque de moyens en soins palliatifs.

Les risques d’une loi trop permissive

L’ancien parlementaire met en garde contre une évolution législative qui pourrait « banaliser » le recours à la mort provoquée. Il cite l’exemple de la Belgique, où le nombre d’euthanasies a augmenté de 30 % entre 2019 et 2022, selon les chiffres de la Commission fédérale de contrôle. « Quand on ouvre une brèche, elle a tendance à s’élargir », prévient-il. Il s’oppose également à l’idée d’élargir l’aide à mourir aux personnes atteintes de maladies neurodégénératives comme Alzheimer, estimant que la volonté du patient doit pouvoir s’exprimer de manière « libre et éclairée ».

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Un appel à la prudence et au dialogue

Alain Claeys appelle les parlementaires à ne pas céder à la « pression médiatique » et à engager un débat « apaisé et respectueux » des différentes sensibilités. Il rappelle que la Convention citoyenne sur la fin de vie, qui s’est tenue en 2023, a rendu un avis favorable à une évolution de la loi, mais que ses conclusions ne font pas l’unanimité parmi les soignants et les associations. « Sur un sujet aussi sensible que l’aide à mourir, on ne peut pas laisser dire n’importe quoi », insiste-t-il, en référence aux propos tenus par certains défenseurs d’une légalisation rapide.

La question des moyens en soins palliatifs

Pour Alain Claeys, la priorité reste le développement des soins palliatifs sur l’ensemble du territoire. Il souligne que seulement 30 % des départements français disposent d’une unité de soins palliatifs, et que des inégalités d’accès persistent. « Avant de parler d’aide active à mourir, il faut garantir à chacun l’accès à des soins palliatifs de qualité », affirme-t-il. Il se dit favorable à une augmentation des crédits alloués à ce secteur, qui ne représentent aujourd’hui que 0,5 % du budget de la Sécurité sociale.

Un débat qui divise la classe politique

Le projet de loi sur la fin de vie, promis par Emmanuel Macron, est attendu pour l’automne 2024. Il devrait proposer un cadre strict pour l’aide à mourir, réservé aux majeurs capables et atteints d’une maladie incurable en phase avancée. Mais les divergences sont fortes au sein même de la majorité, certains députés LFI et écologistes plaidant pour une libéralisation plus large, tandis que des élus LR et une partie de la droite s’y opposent fermement. Alain Claeys, lui, reste fidèle à la ligne de la loi de 2016 : « L’accompagnement jusqu’au bout, oui ; l’euthanasie, non. »

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