Les acouphènes, trouble auditif très répandu, n'ont pas encore livré tous leurs secrets. Bien qu'ils ne puissent être guéris, il est possible de cesser d'en souffrir, affirment les spécialistes. Le Dr Pierre Lavagna, chirurgien ORL à Monaco, livre ses conseils pour soulager ce fléau.
Un trouble auditif majeur en France
Entre 4 et 7 millions de Français vivent avec des acouphènes permanents. Ces bruits parasites – sifflements, bourdonnements, grésillements, souffles – sont perçus comme une gêne modérée pour certains, mais pour les plus sévèrement touchés, ils perturbent le sommeil, la concentration, les relations sociales et la vie professionnelle. Une souffrance souvent ignorée.
« De nombreux patients atteints d'acouphènes s'entendent encore dire qu'il n'y a rien à faire, sinon apprendre à vivre avec. C'est totalement faux : la résignation n'est pas de mise », insiste le Dr Lavagna.
Acouphènes et perte auditive : un lien étroit
Les connaissances sur les mécanismes des acouphènes ont considérablement progressé. « Nous savons aujourd'hui qu'ils sont associés à une perte auditive dans environ 80 % des cas, même lorsque celle-ci reste discrète. Les tests standards ne dépistent pas tous les troubles, d'où l'importance d'un bilan complet intégrant des tests avancés comme l'audiométrie vocale dans le bruit ou le test des hautes fréquences », explique le spécialiste.
L'oreille n'est pas seule en cause. Les chercheurs s'intéressent désormais au rôle du cerveau dans la perception du symptôme. « Les mécanismes de l'attention, du stress et des émotions influencent fortement la façon dont l'acouphène est vécu. Deux personnes avec un trouble comparable peuvent ressentir des niveaux de gêne très différents. »
Une prise en charge personnalisée
Selon le praticien, la prise en charge doit débuter par une écoute attentive. « Il n'y a pas un acouphène mais des acouphènes. Au-delà du bilan auditif, il faut évaluer l'impact sur le quotidien : sommeil, concentration, vie professionnelle, état psychologique, relations sociales. » Une approche essentielle pour briser le cercle vicieux anxiété-dépression qui renforce la perception du bruit.
« Le patient qui souffre d'acouphène, c'est un tout : des oreilles, une psyché, des émotions », souligne le Dr Lavagna.
Les traitements disponibles
- Aides auditives : première étape lorsque les acouphènes sont associés à une baisse de l'audition. Elles réintroduisent des sons dans l'environnement, diminuant la perception des bruits parasites.
- Thérapies cognitivo-comportementales (TCC) : efficaces lorsque les mécanismes émotionnels et attentionnels sont prédominants.
- Prise en charge des troubles associés : problèmes de mâchoire ou atteintes du rachis cervical peuvent aggraver les acouphènes ; leur traitement apporte parfois une amélioration notable.
- Neuromodulation bimodale : technique récente associant stimulation sonore et stimulation électrique légère de la langue via un dispositif nommé Lenire (casque Bluetooth et appareil buccal). L'objectif est de modifier les circuits cérébraux impliqués dans la perception des acouphènes. Les résultats seraient encourageants.
Objectif : ne plus en souffrir
Les médecins ne promettent pas de guérison. « Il ne faut pas vendre du rêve en promettant de faire disparaître les acouphènes. L'objectif est que le patient cesse de souffrir de son symptôme. » Environ 70 % des patients bénéficiant d'une prise en charge adaptée atteignent cet objectif. « Ils peuvent encore entendre un bruit de fond, mais cela ne constitue plus un problème dans leur vie quotidienne. »
Les espoirs de demain
La recherche poursuit ses efforts. Plusieurs équipes développent des molécules ciblant le glutamate, un neurotransmetteur impliqué dans les connexions entre les cellules auditives et le nerf auditif. Les travaux les plus ambitieux concernent la médecine régénérative : réparer les cellules endommagées de la cochlée grâce aux thérapies géniques ou cellulaires. « À terme, elles pourraient restaurer une partie de l'audition et réduire les acouphènes associés », explique le Dr Lavagna. Ces perspectives nécessiteront encore plusieurs années de recherche.
Acouphènes : un impact professionnel majeur
23 millions de Français ont déjà expérimenté un acouphène au cours de leur vie, et 4 à 7 millions en souffrent de manière permanente. Parmi eux, 30 % ressentent une gêne importante à très importante impactant leur vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle. 16 % ont eu au moins un jour d'arrêt de travail à cause de leurs acouphènes, et 11,4 % ont changé d'emploi ou de poste de travail (source : Baromètre « Acouphènes 2024 »).



