Moins d'un patient sur cent éligible bénéficie effectivement des nouveaux traitements de substitution aux opioïdes (TSO) en France, plus de cinq ans après leur introduction. Cette situation place le pays très en retrait par rapport à la Finlande, où le nombre de bénéficiaires est sept fois plus important. Face à ce constat, un collectif de médecins, d'associations et de personnalités politiques demande au gouvernement de garantir une équité d'accès sur l'ensemble du territoire.
Une progression inquiétante des hospitalisations et des décès liés aux opioïdes
La dépendance aux opioïdes, illustrée par la crise aux États-Unis, stigmatise, isole et tue. En France, sans crise équivalente, les hospitalisations liées aux opioïdes ont augmenté de 167 % entre 2000 et 2017, et les décès de 146 % entre 2000 et 2015, soit au moins quatre décès par semaine. Ces chiffres, issus de données publiques, montrent l'ampleur du problème.
Le modèle français, longtemps pionnier avec un large accès aux TSO dès les années 1990, décroche aujourd'hui. Les nouveaux TSO, disponibles depuis 2021, représentent une avancée majeure grâce à leur forme injectable à longue durée d'action, permettant une prise mensuelle ou hebdomadaire, améliorant l'observance et limitant le mésusage. Pourtant, ils restent inaccessibles dans de nombreux territoires.
Des inégalités territoriales criantes et un financement insuffisant
Les TSO de première génération sont prescrits et délivrés en ville à plus de 70 %, mais les nouveaux TSO ont été réservés à l'hôpital, dans les CSAPA (Centres de Soin, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie), et à la prison. Les CSAPA, premiers maillons pour les patients les plus vulnérables, n'ont pas le budget nécessaire pour se les procurer. Les financements saupoudrés, sans visibilité pluriannuelle, ne permettent pas d'inscrire ces prises en charge dans la durée. Cette année, aucun moyen supplémentaire n'a été débloqué pour les CSAPA, malgré l'augmentation des besoins.
Plus de 170 000 personnes sont traitées par TSO, et 23 000 pourraient bénéficier de la nouvelle forme, selon la Haute autorité de santé en 2021. Or, l'instruction de 2026 prévoit une enveloppe de crédits pérennes de 1 M€ par an, permettant de traiter seulement 1 % de ces patients éligibles, soit 231 patients par an. Cette situation crée des inégalités territoriales réelles et préjudiciables : selon le lieu de vie, on accède ou non à ces traitements.
Un consensus scientifique et politique, une décision qui tarde
Les rapports des pouvoirs publics et de la communauté scientifique convergent vers la même conclusion : il faut élargir le recours aux TSO innovants. La stigmatisation des personnes dépendantes nourrit les réticences à prescrire, alors que les autorités financent sans difficulté des traitements coûteux contre le cancer. Les signataires estiment que rien ne justifie qu'une maladie psychique soit traitée différemment d'une maladie somatique.
Le collectif, composé notamment du Pr Amine Benyamina, président de la Fédération française d'addictologie, de la sénatrice Marion Canalès, du député Yannick Neuder, et de nombreuses associations comme Addiction France ou le Groupe SOS, demande au gouvernement de rendre les TSO innovants disponibles dans le circuit de ville et de les rembourser, à l'instar des TSO historiques. L'addiction est une maladie chronique comme les autres : elle mérite le même accès aux traitements et la même absence de stigmatisation que toute autre pathologie.



