Près de la moitié des cas d'Alzheimer évitables
Une étude publiée dans The Lancet indique que près de la moitié des cas de maladie d'Alzheimer pourraient être évités en agissant sur 14 facteurs de risque modifiables, tels que l'inactivité physique, l'isolement social ou un taux élevé de cholestérol LDL. Adopter des habitudes de vie saines serait la clé pour préserver notre cerveau, tandis qu'il faudrait se défaire de comportements néfastes.
Pour en savoir plus, nous avons contacté Alain Créange, neurologue et professeur de neurologie à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil. « On considère souvent que les maladies neurologiques sont inéluctables, mais il est possible de protéger notre cerveau contre certaines maladies, ou de limiter leurs conséquences », souligne-t-il. Les maladies neurologiques sont chroniques et représentent la première source de handicap au quotidien, car le cerveau est un organe dont on se sert tout le temps. Il agit sur ce qu'on ressent, ce que l'on fait et sur nos interactions. Avant d'expliquer comment le protéger, il convient d'aborder trois grands principes expliquant son fonctionnement.
Les trois principes du fonctionnement cérébral
Le cerveau a besoin de presque autant d'énergie que le cœur ou le rein, nos deux autres organes les plus énergivores. Cette énergie est produite en apportant du sang, et donc de l'oxygène, au cerveau. Par ailleurs, comme tout organe, le cerveau fabrique des déchets en fonctionnant. Ces déchets doivent être éliminés en dormant. Enfin, le cerveau — et le corps en général — ne fonctionne pas comme une machine. Les machines s'usent quand on les utilise. C'est tout l'inverse pour les organes vivants : ils s'usent quand on ne les utilise pas ! Tout ce qui n'est pas utilisé est détruit, va disparaître ou ne pourra plus servir. Il faut donc utiliser le cerveau pour qu'il se maintienne, comme un muscle qu'on entretient. Ces trois grands principes permettent de bien comprendre pourquoi les 13 habitudes suivantes sont néfastes pour notre cerveau au quotidien.
Les 14 facteurs de risque à éviter
1. Rester assis plus de sept heures par jour
La sédentarité est dangereuse pour la santé, à tel point que les Anglo-Saxons disent : « sitting is the new smoking ». La sédentarité renvoie au fait de rester assis plusieurs heures par jour et au moins deux heures de suite, sans compter le temps de sommeil. La station assise prolongée peut donner lieu au développement de facteurs de risque cardiovasculaires, à savoir l'hypertension artérielle, l'excès de cholestérol LDL, le diabète, le surpoids, ou l'obésité, qui sont des risques pour la santé en général, mais également pour la santé cérébrale.
2. Se priver d'une activité physique régulière
Comme la sédentarité, l'absence d'activité physique régulière représente un risque pour notre cerveau. Pour expliquer cela, il est important de comprendre que le cerveau est un organe extrêmement vascularisé, qui nécessite une grande quantité d'énergie. La qualité des vaisseaux sanguins qui irriguent le cerveau est capitale pour prévenir, entre autres, la maladie d'Alzheimer. Alors qu'une absence d'activité physique abîme notre système nerveux, le sport, lui, le protège. Pourquoi ? L'activité physique augmente notre rythme cardiaque. Elle apporte ainsi au système nerveux davantage d'oxygène transformé en énergie, contribuant à une meilleure vascularisation du cerveau.
3. Se sentir fatigué le matin
Si vous vous réveillez le matin sans vous sentir reposé, ou si vous ressentez le besoin de faire une sieste l'après-midi, cela signifie que vous manquez de sommeil. La durée de sommeil optimale dépend des personnes (entre 7 et 9 heures de sommeil par nuit en moyenne), mais l'important est de se sentir reposé le matin. Parmi ses nombreuses fonctions, le sommeil contribue à renouveler l'énergie dont le cerveau a besoin pendant la journée et à nettoyer le cerveau au sens propre. Au cours du sommeil, l'activité des cellules nerveuses (les neurones) diminue, ce qui permet de stocker l'énergie nécessaire au lendemain.
4. Se réveiller plusieurs fois dans la nuit
Une autre fonction du sommeil a été récemment découverte : la fonction d'évacuation des déchets cérébraux. L'activité cérébrale cellulaire induit des déchets qu'il est nécessaire d'évacuer. Pendant le sommeil lent profond, les cellules nerveuses fonctionnent moins et le liquide cérébrospinal, situé autour du cerveau, entre dans celui-ci pour évacuer les déchets. Pour illustrer cela, on peut prendre l'image d'une éponge qui absorberait les impuretés dans le liquide avant de les éliminer dans la circulation sanguine puis dans l'urine. De ce fait, le manque de sommeil favorise l'accumulation de déchets cellulaires et fragilise le système nerveux. L'hygiène du sommeil est donc fondamentale pour la protection du cerveau. Se réveiller plusieurs fois pendant la nuit, en raison de douleurs, de la nécessité d'aller uriner ou pour d'autres raisons médicales telles que l'apnée du sommeil, est néfaste pour le cerveau. À l'inverse, tout ce qui participe à un bon sommeil est bénéfique, comme une activité physique régulière.
5. Subir un stress chronique
Le stress chronique est mauvais pour la santé. Il peut malheureusement apparaître dès l'enfance, à cause de violences psychologiques et sexuelles, ou émerger à l'âge adulte au cours de la vie professionnelle ou d'événements de la vie. Le stress favorise la production de molécules de l'inflammation qui peuvent toucher différents organes, dont le système nerveux. Il peut générer de l'anxiété, des troubles du sommeil et des troubles de la mémoire. Face au stress chronique, les solutions diffèrent selon les situations : une pathologie anxieuse nécessite un suivi médical, alors que certains stress chroniques peuvent s'alléger avec un changement dans l'organisation de la vie quotidienne.
6. Arrêter toute activité intellectuelle ou tout nouvel apprentissage
Le cerveau est un organe qui doit être entraîné et sollicité. De la même manière qu'un faible niveau d'études est associé à un risque de démence (et donc de maladie d'Alzheimer) plus élevé, un niveau d'études élevé diminue le risque de développer des difficultés cognitives en fin de vie. Quand on n'est plus étudiant, les activités intellectuelles (jeux, activités artistiques et créatives, ou pratique d'une nouvelle activité/langue) améliorent les performances intellectuelles. On peut supposer que les cellules nerveuses plus « entraînées » bénéficient ainsi d'une meilleure résistance.
7. Avoir peu de liens sociaux
Si on rencontre peu de personnes dans la journée, le cerveau est moins stimulé et, de fait, plus susceptible de s'abîmer. Les interactions sociales protègent le cerveau, probablement en le sollicitant de façon continue. Le lien social est primordial pour prévenir le déclin cognitif. Les occasions sont variées : passer du temps avec ses amis, sa famille ou s'investir dans un club ou une association.
8. Fumer ou boire de l'alcool
Le tabac provoque une inflammation qui se révèle être toxique pour les cellules nerveuses. Il contribue à obturer les vaisseaux sanguins, ce qui peut favoriser la dégénérescence des cellules cérébrales. De même, l'alcool est dangereux pour la santé des cellules nerveuses. Il détruit les neurones par un mécanisme toxique et parfois par l'intermédiaire d'un manque de vitamines.
9. Pratiquer des sports de contact et ne pas porter de casque de vélo
Les traumatismes crâniens peuvent contribuer à la perte des neurones. Cette destruction peut être immédiate, du fait d'un traumatisme important, mais elle peut aussi être plus progressive, à la suite de petits traumatismes crâniens répétés, appelés commotions cérébrales. Les sports de contact tels que la boxe, le football américain ou le rugby sont dangereux pour la santé cérébrale en cas de traumatismes crâniens répétés. Par ailleurs, en France, le port du casque est obligatoire à vélo jusqu'à l'âge de douze ans, mais il devrait être systématique pour tous.
10. Utiliser des écouteurs ou un casque audio toute la journée
Une utilisation prolongée des écouteurs ou d'un casque audio peut être à l'origine d'une perte auditive. Or, la perte d'audition accroît le risque de démence, peut-être par la limitation des interactions sociales qui en résulte. Il n'est pas recommandé d'écouter des sons toute la journée avec des écouteurs ou des casques audio. Pour rappel, l'Assurance maladie conseille de limiter la durée d'écoute à une heure par jour, à la moitié du volume maximum, sans chercher à couvrir les bruits extérieurs.
11. Souffrir de dépression chronique sans être suivi
La dépression, surtout lorsqu'elle est de longue durée, est un facteur de risque d'altération des fonctions intellectuelles. Il ne faut pas minimiser des symptômes de tristesse, de désintérêt, de troubles du sommeil ou de l'appétit, qui peuvent être le témoin d'une dépression. La dépression est une maladie faisant l'objet d'un diagnostic médical et qui bénéficie de traitements thérapeutiques efficaces. Il est donc essentiel de suivre les recommandations de son médecin lorsqu'un traitement est proposé.
12. Ne pas suivre son traitement en cas de facteur de risque cardiovasculaire
Pour protéger son cerveau, il est primordial de ne pas avoir de facteurs de risque cardiovasculaire, tels que l'hypertension artérielle, l'excès de cholestérol, le diabète, le surpoids, ou l'obésité. Ces pathologies favorisent l'obstruction des vaisseaux sanguins du cœur, des membres et du cerveau, mais également les accidents vasculaires cérébraux (AVC). Si un traitement est prescrit pour un ou plusieurs de ces facteurs de risque, il convient de les surveiller étroitement avec son médecin. La prise régulière du traitement prescrit est indispensable.
13. Trop manger
L'excès de nourriture peut entraîner le surpoids. L'obésité est un facteur de risque de troubles intellectuels et de démence, qui peut aussi encourager le développement de facteurs de risque cardiovasculaires (excès de cholestérol, diabète, hypertension artérielle). Il convient donc d'être raisonnable au moment des repas.



