Des sœurs dominicaines aux États-Unis sont devenues des stars du podcast. Leur émission, lancée il y a dix-huit mois, cumule plus de deux millions d'écoutes et séduit un public bien au-delà des cercles catholiques. Cette réussite, aussi inattendue que spectaculaire, témoigne d'une nouvelle façon de porter la foi sur les ondes.
Une idée née du confinement
Tout commence pendant la pandémie de Covid-19, lorsqu'un message d'une jeune femme en quête de sens bouleverse la communauté. Les sœurs décident alors de partager leur quotidien et de répondre aux questions spirituelles qui leur parviennent du monde entier. Le monastère ne dispose alors que d'un micro et d'un ordinateur portable.
Le premier épisode, enregistré en septembre 2025, dépasse toutes les espérances. En quelques semaines, il est écouté plus de cinquante mille fois. Les sœurs, qui vivent cloîtrées, sont surprises. « Nous voulions simplement être utiles. Nous n'avions pas mesuré l'attente d'une parole vraie », confie l'une d'elles à nos confrères du Monde des Religions.
Un contenu qui mêle spiritualité et vie concrète
La recette du succès repose sur la diversité des sujets abordés. Chaque quinzaine, l'émission propose une méditation sur un passage de l'Évangile, mais aussi un décryptage de l'actualité ou un échange sur la vie des premières dominicaines. Les auditeurs sont invités à poser leurs questions par message vocal, et les sœurs y répondent dans les épisodes suivants.
Cette approche, mêlant profondeur et simplicité, attire un public bien plus jeune que celui des offices traditionnels. D'après les statistiques publiées par la communauté, environ 40 % des auditeurs ont moins de trente ans. Les plateformes d'écoute classent le podcast dans le top 10 des émissions spirituelles anglophones.
Derrière le micro, une organisation artisanale
La production reste modeste. Les enregistrements ont lieu dans une salle insonorisée du monastère, avec un petit studio que les sœurs ont aménagé. La régie est confiée à la sœur la plus jeune, âgée de trente-deux ans, qui s'est formée en regardant des tutoriels en ligne. Le montage prend une journée entière, entre les offices et les travaux domestiques.
Bien que le podcast exige un investissement en temps considérable, les sœurs refusent d'y voir une contrainte. Cette activité s'intègre à leur mission d'évangélisation et de dialogue avec le monde moderne. Elles rappellent que sainte Catherine de Sienne, leur grande sœur spirituelle, correspondait déjà avec les puissants de son époque.
Des retombées concrètes pour le monastère
Le succès en ligne a des effets très terrestres. Le monastère, qui vivait essentiellement de la fabrication de cierges et de l'aide de donateurs, reçoit désormais des dons grâce à une page participative. Ces fonds ont permis de rénover la toiture de la chapelle et d'acquérir du matériel d'enregistrement plus performant.
Plus inattendu encore, le podcast suscite des vocations. Plusieurs jeunes femmes ont écrit pour demander à rejoindre la communauté après avoir écouté plusieurs épisodes. « Nous ne faisons aucun prosélytisme, mais notre vie semble avoir touché des cœurs », se réjouit la mère prieure. Deux postulantes sont ainsi entrées au monastère au printemps 2026.
Un rayonnement mondial
L'émission est suivie dans une centaine de pays. Fortes de ce succès, les sœurs envisagent de proposer une version française de leurs épisodes, qui serait assurée par une sœur originaire de Lyon. Elles ont également lancé un compte sur un réseau social, suivi par plus de cent mille personnes.
Ce phénomène interpelle les communicants religieux. Alors que les vocations se font rares, ces religieuses prouvent qu'une parole authentique, sans artifices, peut trouver un écho massif. Voilà sans doute une des plus belles réussites de l'Église sur internet.



