L’affaire Barbara Butch continue de secouer la classe politique française. À gauche, les Insoumis se retrouvent au cœur de la polémique après l’interruption d’un concert de la DJ à Grenoble, le 18 juillet 2024, par des militants propalestiniens et de La France Insoumise (LFI). Ce mardi, c’est au tour d’Éric Piolle, ancien maire écologiste de Grenoble (2014-2026), de monter au créneau et d’interpeller directement Jean-Luc Mélenchon, leader de LFI, dans une tribune publiée par Libération.
Une tribune qui appelle à une « reconnaissance d’erreur »
Dans cette tribune, Éric Piolle demande à Jean-Luc Mélenchon de « reconnaître une erreur » et de condamner fermement l’action menée contre l’artiste juive de 45 ans. « Je te sollicite directement pour que tu t’exprimes clairement sur la portée de l’interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble samedi 18 juillet », écrit Piolle, rappelant l’alliance entre Europe Écologie-Les Verts et LFI durant ses deux mandats. Pour l’élu, « les désaccords politiques sont normaux, y compris avec des artistes. Mais ce n’est pas un appel au boycott qui a été fait à Grenoble. C’est de la police politique, violente ».
Le concert, qui devait se tenir dans le cadre d’un événement culturel, a été interrompu au bout d’une vingtaine de minutes seulement. Selon la mairie de Grenoble, qui a porté plainte tout comme Barbara Butch, des manifestants ont lancé « des bouteilles en verre » et autres projectiles « visant délibérément la scène ». Les militants reprochaient à l’artiste sa participation en 2025 à un événement organisé à la résidence de l’ambassadeur de France en Israël, ainsi que la signature d’une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan, visant à « lutter contre les nouvelles formes d’antisémitisme », finalement retirée.
Manuel Bompard évoque une « protestation pacifique », Mélenchon silencieux
Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a tenté de calmer le jeu en déclarant « comprendre que cette position politique puisse générer une protestation », mais à condition « que cette protestation soit pacifique ». Pourtant, les jets de bouteilles et l’interruption forcée du spectacle contredisent cette notion de pacifisme. Jean-Luc Mélenchon, régulièrement accusé d’antisémitisme et candidat à la présidentielle de 2027, ne s’est pour l’instant pas exprimé publiquement sur l’incident.
Pour Éric Piolle, cette attaque contre Barbara Butch est « un exemple cinglant des procédés qui pétrifient nos électeurs et confortent une très large part de l’électorat dans son rejet » de LFI. Il ajoute : « On peut voir cela comme un désastre politique. Je préfère, après l’avoir clairement condamné, voir ce tragique événement comme l’opportunité pour toi de reconnaître une erreur à tout point de vue. » Il exhorte Mélenchon à agir pour ne pas « donner le sentiment que ce qui s’est passé à Grenoble pourrait être l’illustration de ce qui se passerait si La France Insoumise était au pouvoir ».
Un contexte politique tendu autour de l’antisémitisme
Cette affaire intervient dans un climat déjà houleux, où les accusations d’antisémitisme visent régulièrement LFI. Le parti a été critiqué pour ses positions sur le conflit israélo-palestinien et pour avoir appelé à boycotter des personnalités jugées pro-israéliennes. L’incident grenoblois est ainsi perçu par beaucoup comme un dérapage de plus, susceptible d’éloigner encore davantage l’électorat de gauche modérée. Selon un sondage récent, 62 % des Français estiment que LFI ne condamne pas assez fermement l’antisémitisme.
La maire de Grenoble, écologiste, a condamné l’action et soutenu la plainte de Barbara Butch. De son côté, la DJ, connue pour son engagement féministe et LGBTQ+, a reçu de nombreux messages de soutien, mais aussi des menaces. L’affaire continue de diviser la gauche, entre ceux qui dénoncent une dérive autoritaire et ceux qui relativisent l’incident.
Reste à savoir si Jean-Luc Mélenchon répondra à l’appel d’Éric Piolle. Le leader insoumis, qui prépare activement sa campagne pour 2027, pourrait être contraint de sortir de son silence face à la pression croissante.



