Alors que la société prend conscience de l'ampleur de la pédocriminalité, la prévention du passage à l'acte demeure un défi majeur. Les experts et les associations appellent à renforcer les dispositifs existants, alors que les signalements ont augmenté de 20% en 2025 par rapport à l'année précédente, selon le 119, le numéro d'urgence pour l'enfance en danger.
Un phénomène en hausse, une réponse insuffisante
Les chiffres sont alarmants : en 2025, le 119 a reçu plus de 40 000 appels, soit une hausse de 20% par rapport à 2024. Parmi ces appels, 15% concernaient des situations de pédocriminalité, un pourcentage en constante augmentation. Selon le Dr Martine Brousse, pédopsychiatre et membre de la Commission indépendante sur l'inceste et la violence sexuelle faite aux enfants (CIIVISE), « cette hausse des signalements est à la fois une bonne nouvelle, car elle montre une libération de la parole, mais aussi un signal d'alarme sur l'ampleur du phénomène ».
Pourtant, la prévention du passage à l'acte reste un angle mort des politiques publiques. Les dispositifs existants, comme les suivis psychologiques et les injonctions de soins, sont souvent insuffisants ou mal coordonnés. « Nous manquons de structures dédiées à la prise en charge des personnes attirées par les enfants, afin de prévenir le passage à l'acte », déplore le Dr Brousse.
Des programmes de prévention prometteurs
Certains pays ont développé des programmes de prévention spécifiques, comme « Stop it Now ! » au Royaume-Uni, qui propose une ligne d'assistance pour les personnes ayant des attirances pédophiles. En France, des initiatives similaires commencent à voir le jour, comme le dispositif « Prévenir » porté par l'association « Le Refuge ». Ce programme, lancé en 2024, a déjà accompagné 150 personnes, avec un taux de récidive de seulement 2% parmi les participants, selon une évaluation indépendante.
« L'objectif est d'offrir un espace de parole et un accompagnement thérapeutique avant que le passage à l'acte ne se produise », explique Claire Hédon, directrice du Refuge. « Nous travaillons en lien avec la justice et les services de protection de l'enfance, mais il est essentiel de lever le tabou et de proposer des solutions concrètes. »
Un enjeu de santé publique
Pour les professionnels, la prévention doit être considérée comme un enjeu de santé publique. « La pédocriminalité est une maladie, et comme toute maladie, elle peut être soignée », insiste le Dr Brousse. « Mais cela nécessite des moyens et une volonté politique. »
Le gouvernement a annoncé en mars 2026 un plan de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants, doté de 50 millions d'euros sur trois ans. Ce plan prévoit notamment la création de dix nouvelles unités de prise en charge des auteurs de violences, mais les associations estiment que c'est insuffisant. « Il faut au moins 200 millions d'euros pour répondre aux besoins », affirme Claire Hédon.
La nécessité d'une approche globale
La prévention du passage à l'acte passe aussi par une meilleure formation des professionnels de l'enfance, une éducation à la sexualité plus complète, et un encadrement plus strict des contenus en ligne. « Les pédocriminels utilisent souvent des forums et des réseaux pour partager des images et normaliser leur comportement », rappelle le Dr Brousse. « Il est essentiel de lutter contre ces réseaux et de former les forces de l'ordre à détecter les signes avant-coureurs. »
En attendant, les associations continuent de se mobiliser. « Nous devons briser le silence et offrir des ressources à ceux qui en ont besoin », conclut Claire Hédon. « Chaque personne accompagnée est un enfant potentiellement sauvé. »



