Paris: 1.700 personnes rassemblées pour Lyhanna, "l'histoire de trop"
Paris: 1.700 personnes pour Lyhanna, "l'histoire de trop"

Trois mois jour pour jour après la journée internationale des droits des femmes, Paris a repris des couleurs violettes. Les militantes, femmes, mamans, enfants, hommes aussi, 1.700 personnes (selon la préfecture de police de Paris) se sont rassemblées devant le palais de Justice parisien, malgré la pluie, malgré le changement de lieu de dernière minute imposé par les autorités, par solidarité pour Lyhanna et pour dire « ça suffit ».

Cette colère anime aussi bien Carla, 39 ans, éducatrice spécialisée dans la protection de l’enfance et « tata », Anouk, 30 ans, militante du collectif Féministes révolutionnaires, Rodolphe, 59 ans, avocat spécialiste de la protection de l’enfance que Sawsane, 27 ans, présente pour « faire entendre la voix de ceux qui ne peuvent plus le faire et ceux qu’on n’entend pas parler ».

La goutte d’eau, encore

En scandant des slogans comme « les violeurs en prison », « Darmanin démission » ou « protégez nos enfants », la foule agglutinée sur la petite place Lépine située sur l’île de la Cité rend hommage à Lyhanna. Mais elle se mobilise aussi pour qu’enfin, ça change.

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Après la mort de Maëlys, l’affaire Bétharram, le procès Le Scouarnec ou les multiples affaires dans le périscolaire, le drame de cette fille de 11 ans, dont le corps a été retrouvé dans un silo agricole, « c’est l’histoire de trop », tranche Sawsane.

« On a laissé passer les autres, même si on s’est mobilisés, mais là la mobilisation est dans toute la France et j’espère qu’on arrivera à faire entendre nos voix », ajoute la jeune vingtenaire. Comme les autres militants réunis, elle observe une minute de silence à la demande des organisatrices.

Des personnalités en soutien

Pour soutenir cette colère commune qui anime les visages et les voix qui s’élèvent derrière les parapluies, des personnalités politiques et médiatiques sont venues apporter de la voix : Marine Tondelier, Énora Malagré ou Flavie Flament qui salue une « colère magnifique ». La chanteuse Suzane s’empare du micro pour interpréter son titre J’accuse, provoquant une vague de poings levés et un frisson d’émotion.

Sur la scène rapidement montée, le maire de Fleurance, d’où était originaire Lyhanna, improvise un discours. « Il est important de respecter le deuil de la famille, je n’appellerai pas à des démissions. Mais j’appelle les responsables politiques à faire leur travail, déclare Grégory Bobbato. Nous avons les solutions. » Avant d’ajouter un remerciement pour les personnes présentes : « Quand je vois vos visages, vos larmes, vos combats, je vous dis merci. »

Un changement en profondeur

Comme lui, la coalition d’associations, ONG et syndicats féministes et enfantistes présents au rassemblement réclame l’examen d’une loi globale sur les violences sexuelles à l’encontre des femmes et des enfants déposée en 2025. Mais le problème est plus profond et vient davantage d’un « secret de polichinelle », analyse Rodolphe.

Cet avocat spécialisé estime qu’il faut « changer la manière de penser ces choses ». « Les gens commencent à comprendre combien il y a d’enfants victimes quotidiennement des violences sexuelles des hommes, et combien il y a d’hommes attirés par les enfants ». « Ce n’est pas une histoire de texte, pour Rodolphe, on a des dispositifs qui sont relativement protecteurs ». C’est au système judico-policier de les appliquer.

Quelques minutes plus tôt, c’est une minute de « bruit » qui est réclamée, pour se faire « entendre » des responsables politiques. Une occasion pour Anouk de rappeler que « des gouttes d’eau on en a eu plein ces dernières années » et que « malheureusement, Lyhanna n’est pas la seule victime de ces violences-là ». La jeune féministe milite pour un renversement du système, celui de la « domination des adultes sur les enfants, des hommes sur les femmes ». Mais avant ça, « c’est de la prévention » qu’il faut appliquer.

Des appels que le gouvernement semble avoir finalement entendus. Sébastien Lecornu va réunir mardi matin les ministres concernés par la protection de l’enfance pour décider de nouvelles mesures.

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