L'association Face à l'inceste a organisé un colloque inédit à l'Hôtel de ville de Montpellier, réunissant près de 400 professionnels pour les sensibiliser aux violences sexuelles sur les enfants. L'événement, qui s'est déroulé mercredi dernier, a mis en lumière des chiffres alarmants : trois enfants par classe et un petit Français sur dix sont exposés à l'inceste.
Un colloque pour former les professionnels
Caroline Chaplain, secrétaire générale de Face à l'inceste, a souligné l'urgence d'agir : "En France, un enfant subit un viol ou une agression sexuelle toutes les trois minutes." L'association, qui dispose de son unique antenne régionale à Montpellier depuis cinq ans, forme les professionnels en contact avec les enfants : acteurs de la petite enfance, gendarmes, enseignants, éducateurs, etc. "Vous avez tous un rôle de repérage", a rappelé Iris Ané, responsable pédagogique, ajoutant que "90 % des enfants victimes ne parlent pas des violences subies".
Des témoignages poignants
Laure Rivière, cheffe de service du Crip de l'Hérault, a partagé des cas concrets : une petite fille de 3 ans présentant des traces de morsure aux fesses et un comportement sexualisé, ou un garçonnet appelant les auxiliaires de puériculture "petites putes". Malgré des signalements, les enquêtes n'aboutissent pas toujours. "Parfois, tous les clignotants s'allument et il ne se passe rien", a-t-elle déploré.
Une jeune femme de 33 ans a témoigné avoir vécu dans un climat incestuel dès l'âge de 7 ans. "Mon père a dit non pour me protéger. Qu'est-ce qu'on fait dans ces situations ?", a-t-elle interrogé. Michèle Créoff, secrétaire générale de Face à l'inceste, a souligné l'absence d'études sur les raisons pour lesquelles certains enfants parlent, ce qui permettrait de reproduire ces mécanismes.
Un système judiciaire lent et inégal
Denis Roth-Fichet, secrétaire général de la Ciivise, a rappelé que "les violences sexuelles faites aux enfants sont le parent pauvre de la justice française". Laure Rivière a noté des incohérences : une mère regardant des films pornos avec son fils n'a pas fait l'objet d'une enquête, contrairement à un père dans une situation similaire. "Le temps judiciaire est long", a-t-elle ajouté, alors que plusieurs associations se mobilisent pour la protection des enfants.



