Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a déclaré ce mardi 30 juin 2026 que la prise de conscience des violences faites aux enfants demeure « insuffisante » au sein de la chaîne pénale. Lors d'une visite à l'École nationale de la magistrature (ENM) à Bordeaux, il a souligné la nécessité de renforcer la formation des magistrats et des forces de l'ordre pour mieux détecter et traiter ces violences.
Un constat alarmant sur le traitement judiciaire
Selon le ministre, les chiffres montrent une augmentation des signalements, mais les réponses pénales restent trop souvent inadaptées. « Trop d'affaires sont classées sans suite faute de preuves ou de témoignages fiables », a-t-il regretté. En 2025, 45 000 plaintes pour violences sur mineurs ont été enregistrées, mais seulement 30 % ont donné lieu à des poursuites. Darmanin a insisté sur le fait que « les enfants victimes doivent être entendus avec des méthodes adaptées à leur âge et à leur vulnérabilité ».
Des mesures concrètes annoncées
Le ministre a annoncé plusieurs mesures pour améliorer la prise en charge. D'abord, la création d'une unité spécialisée au sein de la gendarmerie et de la police nationale, dédiée aux violences intrafamiliales et aux violences sur mineurs. Ensuite, un module obligatoire de formation continue pour tous les magistrats sur la psychologie de l'enfant et les techniques d'audition adaptées. Enfin, un renforcement des pôles de l'enfance au sein des tribunaux judiciaires, avec des juges référents formés spécifiquement.
Un appel à une mobilisation générale
Gérald Darmanin a également appelé à une meilleure coordination entre les services sociaux, l'Éducation nationale et la justice. « Il faut que chaque professionnel qui croise un enfant en danger sache comment réagir et vers qui se tourner », a-t-il affirmé. Il a cité l'exemple de la Suède, où un système de signalement centralisé permet une prise en charge rapide et efficace. « Nous devons nous inspirer des bonnes pratiques européennes », a-t-il conclu.
Des associations saluent mais restent vigilantes
Plusieurs associations de protection de l'enfance, comme la Fondation pour l'Enfance, ont salué les annonces tout en appelant à des moyens concrets. « Les déclarations sont bonnes, mais il faut des budgets à la hauteur », a réagi sa directrice, Marie-Pierre Martin. Selon elle, la formation est essentielle, mais elle doit s'accompagner de recrutements supplémentaires. « Actuellement, les services sociaux sont débordés et les délais de traitement judiciaire trop longs », a-t-elle ajouté.
Un enjeu de société majeur
Pour Darmanin, la lutte contre les violences faites aux enfants est « un combat de civilisation ». Il a rappelé que chaque année, en France, environ 150 enfants meurent sous les coups de leurs parents ou de proches. « Ces morts sont évitables si nous agissons en amont », a-t-il insisté. Le ministre a promis un suivi trimestriel des mesures annoncées et un bilan dans un an.



