Éric Durand, commandant de bord sur Canadair et secrétaire général adjoint du Syndicat national du personnel navigant de l’aviation civile (SNPNAC) pour la branche travail aérien, basé à Nîmes, dresse un constat alarmant sur la disponibilité des moyens aériens de lutte contre les incendies pour l'été 2026. Selon lui, la flotte de la Sécurité civile française, qui dépend du ministère de l’Intérieur et est stationnée sur la base de Nîmes, ne sera pas pleinement opérationnelle au début de la saison des feux, fixée autour du 15 juin.
Une flotte insuffisamment opérationnelle
La base de Nîmes abrite l'ensemble de la flotte d'avions de la Sécurité civile : douze Canadair bombardiers d'eau, huit Dash bombardiers d'eau et trois Beech 200, des avions d'observation, d'investigation et de transport pour six personnes. Cependant, tous ne sont pas encore opérationnels. La maintenance hivernale, particulièrement exigeante en raison des contraintes aérodynamiques et thermiques subies lors des interventions sur les feux, retarde leur remise en service. Les avions sont entretenus par Sabena Technics sur le site de l'aéroport de Nîmes.
Une feuille de route signée en avril entre le directeur général de la Sécurité civile et le PDG de Sabena Technics prévoyait que dix Canadair sur douze, les huit Dash et les trois Beech soient disponibles au 15 juin. À ce jour, seuls dix Canadair, sept Dash et un seul Beech sont opérationnels. « Cela fait quelques années maintenant que ce n'est plus possible, parce que Sabena Technics n'a plus les capacités au sein de son entreprise de nous garantir d'avoir, au début de la saison feu, les douze Canadair, les huit Dash et les trois Beech », déplore Éric Durand.
Des perspectives incertaines pour l'été
Le commandant de bord exprime son mécontentement face à cette situation récurrente. « Nous, les pilotes, on fera avec ce qu'on nous donne », déclare-t-il, mais il juge la situation insatisfaisante. En 2024, la disponibilité des avions avait été « catastrophique », selon lui. En 2025, une amélioration avait été constatée grâce à la feuille de route, mais pour 2026, les prévisions sont pessimistes : « On n'est pas certains d'avoir les douze Canadair début août. On en aura au mieux onze courant juillet, et peut-être douze d'ici la fin de l'été sans vraiment de garantie de la part du mainteneur. »
Cette indisponibilité a des conséquences directes sur la capacité de lutte. À partir de début juillet, deux Canadair doivent partir pour Ajaccio, en Corse, pour tout l'été. Il ne resterait alors que huit Canadair à Nîmes, voire six si la France doit répondre à une demande du module RescEu, le système d'entraide européen de lutte contre les feux de forêt. Or, le format de base de lutte en Canadair est de quatre avions. « Nous n'aurions plus de quoi lutter efficacement contre plusieurs gros feux concomitants », alerte Éric Durand.
Un appel à la responsabilité
Le syndicaliste estime qu'il est inconcevable que la flotte étatique, propriété des Français, ne soit pas pleinement disponible en début de saison. « Notre flotte est constituée de 23 avions. Donc, pour moi, il est inconcevable qu'au début de la saison des feux, on ne me donne pas tous les moyens de lutter, tous les moyens que possèdent les Français finalement, puisque ce sont des avions étatiques. » Il appelle à une meilleure coordination entre la direction générale de la Sécurité civile et Sabena Technics pour garantir la disponibilité des appareils.



