Dimanche 26 juillet 2026, alors que le feu de Pontevès, déclaré six jours auparavant, est encore très actif, les bénévoles du refuge SAM (Secours aux animaux malheureux) de Flassans-sur-Issole sont alertés par les militaires de la Sécurité civile qui faisaient une reconnaissance. Ils viennent de découvrir une quarantaine de chiens enfermés dans un enclos à Barjols. Des fumées arrivent dans leur direction. Il faut intervenir et vite.
Un sauvetage sous tension
Sitôt l'alerte reçue, les bénévoles ont rapidement déblayé, nettoyé, emménagé une partie du refuge qu'ils envisageaient de réhabiliter, un peu à l'écart des autres pensionnaires. Julien et Pierre attrapent vite des bidons d'eau et montent dans leur voiture. Quand ils arrivent sur les lieux, rapidement rejoints par d'autres bénévoles, ils n'en reviennent pas. « Il y avait 4 ou 5 enclos électrifiés sur un terrain immense. Les chiens étaient là, livrés à eux-mêmes. Des chiots avec les yeux à peine ouverts, des adultes. » Pas d'eau, pas de nourriture. « Que des gamelles rouillées. » Personne sur place. Ils n'ont pas beaucoup de temps pour agir. Deux heures tout au plus. Le secteur est sous tension. Pendant que la Sécurité civile sécurise les lieux, sapeurs-pompiers et gendarmes donnent un coup de main pour mettre les animaux terrifiés dans les voitures. « On s'est vraiment galéré. Ils avaient vraiment peur. On voyait qu'ils n'avaient pas l'habitude de l'humain. Mais, ils ont été sympas, ils nous ont pas mordus, raconte Julien. On leur a donné à boire, on les a rafraîchis. Ça fait vraiment beaucoup de peine de voir ça. Je crois que sans le feu, on ne les aurait pas découverts. »
Un élan de générosité sans précédent
Dès le lendemain, un élan de solidarité est venu soutenir le moral des troupes. Au refuge, les bénévoles, une dizaine de fidèles, se relaient pour les promenades matinales. Hier, le parking était plein et un va-et-vient peu habituel régnait depuis deux jours. Des croquettes, des couvertures, des produits antiparasitaires, du lait maternisé. Des personnes viennent de partout, même de Manosque, pour apporter leur contribution. Les dons affluent comme jamais. Tout est entreposé à l'entrée du refuge. « Ce qu'on aura en trop, on le partagera avec d'autres associations qui sont intervenues aussi », assure Nathalie Martin, présidente du refuge SAM qui ne quitte pas son téléphone. « C'est simple je suis en double appel tout le temps. » Submergée mais reconnaissante, l'équipe, qui fait souvent des appels aux dons, s'organise. Elle n'avait jamais fait face à une telle détresse, à une telle urgence sanitaire, vitale. Ni à un tel élan de solidarité et de générosité, vital lui aussi. « On en a assez pour le moment, ça ne veut pas dire qu'on n'en veut pas, nuance-t-elle. Mais maintenant l'urgence, ce sont les frais vétérinaires. Nous avons besoin de dons financiers. »
Des séquelles comportementales à surmonter
Trois jours après le sprint de l'évacuation et des premiers soins, les associations entrent dans un marathon. Celui de la sociabilisation et du placement éventuellement. Il faudra du temps mais « il y aura forcément des séquelles », souligne Eléonore Petit, vétérinaire qui a proposé des consultations dès le lendemain du sauvetage. Lundi, elle a reçu neuf chiots à son cabinet de Forcalqueiret. « Ils étaient dénutris. On voyait qu'ils étaient en manque. Ils avaient un gros ventre, pas de muscles alors qu'ils sont normalement en pleine croissance. » Côté santé, les chiots se rétabliront, peut-être seront-ils plus petits mais ce qui inquiète le docteur Petit, c'est la non-sociabilisation. « Elle s'acquiert idéalement avant trois mois. Les chiots que j'ai examinés avaient entre 3 et 4 mois. Ils étaient très craintifs. Ils n'ont pas eu ou peu de contact avec l'humain. D'un point de vue comportemental, c'est très embêtant. C'est un long travail pour les associations. »
Au refuge, les chiens se cachent derrière leur niche, tournent en rond, se mettent en boule. « Il y a du mieux quand même. Ils vont vite comprendre qu'il y aura une gamelle matin et soir, ici. Qu'ils sont en sécurité », rassure Julien. Sur les 28 chiens arrivés dimanche après-midi, une quinzaine reste au refuge SAM. « La Fondation Brigitte-Bardot est venue en récupérer quinze dont une maman allaitante et ses petits », indique Nathalie Martin. Le refuge est complet. « S'il n'y avait pas eu d'urgence vitale, nous n'aurions pas pu les prendre. » Les besoins financiers restent importants pour faire face aux frais vétérinaires, et l'élan de solidarité se poursuit.



