Syndicats de magistrats dénoncent des sanctions précipitées après la mort de Lyhanna
Syndicats dénoncent des sanctions après la mort de Lyhanna

Les syndicats de magistrats réagissent vivement aux sanctions prononcées par le garde des Sceaux Gérald Darmanin après la publication d'un pré-rapport d'inspection lié à la mort de Lyhanna. Ils dénoncent une réaction politique précipitée qui désigne des responsables individuels plutôt que de s'attaquer aux problèmes structurels du système judiciaire.

Des sanctions immédiates contestées

L'Union syndicale des magistrats (USM) fustige un contexte de « fortes pressions politiques » et dénonce des « déclarations publiques visant à écarter par avance toute problématique de moyens et d'outils […] et à désigner des coupables parmi les acteurs de terrain ». Dans la foulée du rapport, Gérald Darmanin a retiré à une substitut du parquet d'Auch « son habilitation à mener des enquêtes et traiter des dossiers s'agissant des mineurs ». Cette magistrate était en charge d'une plainte pour viols déposée par une mineure, dont le suspect est également soupçonné du meurtre de Lyhanna, sans avoir été placé en garde à vue dans ce dossier. Le ministre a également engagé une enquête administrative préalable à une éventuelle saisine du Conseil supérieur de la magistrature.

Les syndicats montent au créneau

Face à ces décisions, les syndicats haussent le ton. « Nous nous insurgeons contre le retrait » de cette habilitation, réagit le Syndicat de la magistrature (SM). Selon lui, le rapport met en lumière « des délais anormalement longs, une absence de priorisation des dossiers de violences sexuelles sur mineur·es et un suivi d'enquête perfectible », soit « trois dysfonctionnements structurels » dénoncés « depuis des années ». Même ligne du côté d'Unité Magistrats SNM FO, qui affirme rester « au soutien » des « collègues qui gèrent les priorités dans l'urgence et qui ne doivent pas servir de fusibles sous le coup de l'émotion ». Pour l'USM, les recommandations du rapport confirment l'existence de « causes structurelles ou systémiques », qui « ne sauraient être occultées dans l'appréciation du travail accompli ».

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Un manque de moyens criant

Au cœur des critiques, les moyens alloués à la justice. L'USM souligne que « le parquet d'Auch fonctionne avec moins de 4 magistrats à temps plein là où ils devraient être a minima 24 selon la moyenne européenne et 6 d'après la moyenne nationale ». Un écart massif, qui nourrit la colère des professionnels et alimente le débat sur les responsabilités. Mardi, une cinquantaine de magistrats se sont rassemblés devant le palais de justice de Marseille, et autant à Strasbourg. Un participant marseillais résume le sentiment général : « La magistrate mise en cause, c'est nous, ça pourrait être nous tous ». Il ajoute : « Quand on lit les pratiques professionnelles pointées dans le rapport, ce sont les nôtres au quotidien ».

Une réaction politique jugée démagogique

Pour Laurence Blisson, représentante régionale du SM, la réponse politique passe à côté de l'essentiel. « On ne peut pas être aujourd'hui dans un système avec une réaction démagogique d'une partie de la classe politique qui ne veut pas voir les causes structurelles de l'insuffisance de moyens donnés au service de la justice », estime-t-elle, évoquant aussi les impacts sur la police et le traitement de la criminalité visant les mineurs. À Strasbourg, les magistrats ont dénoncé une décision prise sans concertation. « Nous regrettons qu'une fois de plus le garde des Sceaux fasse le choix, sans avoir même consulté » le Conseil supérieur de la magistrature, « de désigner un responsable et d'annoncer des sanctions plutôt que s'attaquer aux causes structurelles et documentées qui conduisent à ce type de drame », ont-ils déclaré dans un texte collectif, lu devant la presse.

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