Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire et Matignon a lancé trois enquêtes internes après la mort de deux agents des services du Premier ministre (SPM) en mars 2026, ainsi que des signalements pour harcèlement moral. L’affaire, révélée ce lundi 3 août par France Inter, a été déclenchée par un signalement effectué par un représentant du personnel au titre de l’article 40 du code de procédure pénale.
Le signalement décrit des « éléments d’une gravité exceptionnelle ». Il relate le parcours d’une fonctionnaire des SPM, qui a déposé plainte le 25 juin 2026 pour harcèlement moral et mise en danger de la vie d’autrui. À partir de fin 2023, cette dernière a été progressivement privée de ses missions, écartée des réunions, puis installée dans un bureau en sous-sol. En avril 2026, après avoir activé en vain tous les mécanismes d’alerte, elle s’est rendue dans une gare et a tenté de mettre fin à ses jours. Un témoin l’a interceptée au dernier moment, alors qu’elle s’apprêtait à se jeter sur les voies.
Deux suicides en mars 2026
Ce geste de détresse s’inscrit dans un contexte particulièrement inquiétant. En octobre 2025, une agente de la Direction de l’information légale et administrative (DILA) avait tenté de se donner la mort sur son lieu de travail, en s’ouvrant la gorge avec un cutter. Une enquête externe avait conclu à l’absence de risques psychosociaux dans son service, mais le signalement remet en cause cette conclusion.
En mars 2026, deux agents des SPM se sont suicidés à quelques jours d’intervalle. Un chargé de projet du Secrétariat général pour l’investissement a été retrouvé mort à son domicile, alors qu’il était en télétravail. Le même mois, un agent du Secrétariat général du gouvernement (SGG) s’est jeté sous un train dans le Val-d’Oise. Ces deux décès, ajoutés aux tentatives de suicide d’octobre 2025 et d’avril 2026, ont poussé le représentant du personnel à saisir la justice.
Une plainte étayée par l’article 40
Le signalement a été transmis au procureur de la République en juin, conformément à l’article 40 du code de procédure pénale, qui impose à tout fonctionnaire ayant connaissance d’un délit ou d’un crime d’en informer le parquet. La plainte déposée le 25 juin vise des faits de harcèlement moral et de mise en danger de la vie d’autrui. Elle a été déposée par une fonctionnaire qui dit avoir été isolée puis poussée à bout.
Son avocate dénonce « des comportements inacceptables avec de l’ultra concurrence entre les agents : il faut marcher sur la tête d’à côté pour réussir ». Cette formule résume un climat de travail jugé délétère par plusieurs collaborateurs.
Une « radicalité managériale » dénoncée
Interrogés par France Inter, plusieurs agents des services du Premier ministre évoquent une dégradation des conditions de travail. « Il y a une radicalité dans le management », dénonce l’un d’eux. Ils attribuent cette situation à la succession de quatre Premiers ministres en deux ans, qui a déstabilisé les équipes, ainsi qu’à la baisse des effectifs, renforçant la concurrence interne.
Le signalement transmis à la justice énumère plusieurs « éléments d’une gravité exceptionnelle », dont les deux suicides de mars 2026 et les deux tentatives de suicide. Il souligne que « tous les mécanismes d’alerte » avaient été activés sans résultat, conduisant à l’escalade dramatique.
Matignon promet des enquêtes et un soutien
Les services du Premier ministre assurent qu’un dispositif de soutien et d’accompagnement des collègues a été mis en place après chaque événement. Les trois enquêtes internes ordonnées par Matignon portent chacune sur les circonstances des deux suicides et sur les accusations de harcèlement moral formulées par la fonctionnaire ayant porté plainte.
Une enquête plus large sur les risques psychosociaux doit être lancée dans les prochains mois. Cette annonce pourrait marquer un tournant, alors que les alertes se sont multipliées au sein de l’administration du Premier ministre sans qu’une évaluation globale n’ait été menée jusqu’ici.



