Scandale Bétharram : la commission enquête en Côte d'Ivoire où les victimes pourraient être nombreuses
Scandale Bétharram : la commission enquête en Côte d'Ivoire

La commission d'enquête sur Bétharram en Côte d'Ivoire : des révélations alarmantes

Fin février, la commission d'enquête indépendante née du scandale des Pères de Bétharram s'est rendue en Côte d'Ivoire, où la congrégation religieuse est implantée depuis des décennies. Cette mission a permis de recueillir les témoignages de six personnes dénonçant des agressions sexuelles commises par des prêtres, soulevant des craintes quant à l'ampleur réelle des violences dans ce pays.

Des témoignages qui pointent vers un prêtre décédé

Selon Jean-Pierre Massias, président de la commission qui a effectué une visite d'une semaine en Côte d'Ivoire, les six personnes de nationalité ivoirienne ou originaires du pays ont imputé les faits d'agression sexuelle notamment au prêtre Beñat Ségur. Ce dernier a séjourné dans l'ancienne colonie française à deux reprises : d'abord pour sa formation jusqu'en 1971, puis de 1990 à 1994 comme responsable de la paroisse Saint-Bernard d'Adiopodoumé.

Au moins une plainte a été déposée en France, mais elle n'aboutira à aucune poursuite judiciaire car les faits sont prescrits et le père Ségur, principal accusé en France et à l'étranger, est décédé en 2010.

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« Ça n'est pas arrivé qu'à moi » : un leitmotiv inquiétant

Jean-Pierre Massias a exprimé ses préoccupations quant au nombre potentiel de victimes en Côte d'Ivoire. « Le nombre de victimes pourrait tout à fait augmenter, parce que chaque fois qu'on a rencontré des gens ici, le leitmotiv était de dire 'Ça n'est pas arrivé qu'à moi' », a-t-il affirmé au terme de ses entretiens à Abidjan.

Le président de la commission a annoncé que « on va vraisemblablement recommander une enquête d'importance sur les agissements de la communauté de Bétharram ici », soulignant la nécessité d'approfondir les investigations.

Une présence historique et des comportements troublants

La congrégation de Bétharram est présente en Côte d'Ivoire depuis 1959, avec son siège ivoirien situé à Adiopodoumé, en périphérie d'Abidjan. Beñat Ségur, lorsqu'il occupait ses fonctions à la paroisse Saint-Bernard, avait selon les témoignages une « présence particulière ».

Jean-Pierre Massias rapporte qu'il « est très impliqué dans le club de basket », était « décrit comme étant très cordial, très joyeux, très chaleureux » avec les enfants et « leur envoyait des cadeaux de France ». Aujourd'hui, les victimes font « état d'attouchements systématiques sur les parties génitales » et certaines dénoncent « clairement, des tentatives de viol ».

La dimension post-coloniale et les obstacles culturels

Le président de la commission identifie en Côte d'Ivoire « une domination encore plus forte des prêtres sur les enfants », liée notamment à « la dimension post-coloniale ». Selon lui, les victimes expliquent qu'« on ne peut pas accuser un prêtre, on ne pas accuser un Blanc, on ne peut pas accuser un homme », et que si elles le faisaient, « la communauté ne nous croirait pas, au contraire, elle nous accuserait ».

Les autorités religieuses ivoiriennes, rencontrées par M. Massias, affirment ne pas être au courant des faits, bien que « parfois, certaines personnes disaient aux enfants de faire attention ». Il ajoute qu'en Côte d'Ivoire, « le degré de conscientisation n'a pas atteint celui qu'on trouve aujourd'hui en Europe », où de nombreux scandales de violences sexuelles ont été révélés.

Une enquête qui s'élargit et des perspectives d'indemnisation

La commission compte s'intéresser plus largement à la présence de la congrégation de Bétharram dans toutes les anciennes colonies françaises d'Afrique, au Maghreb ou en Centrafrique, où deux lieux d'investigation ont déjà été identifiés. Le prêtre Beñat Ségur avait également suivi une formation pastorale dans l'actuel Burkina Faso.

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Par ailleurs, les victimes ivoiriennes devraient pouvoir, comme les victimes françaises, être indemnisées via une autre commission. La Congrégation du Sacré-Coeur de Jésus de Bétharram en France avait reconnu en mars 2025 sa « responsabilité » dans les violences physiques et sexuelles dénoncées dans près de 250 plaintes, mais ne s'est pas prononcée au sujet de la Côte d'Ivoire.

La congrégation finance à hauteur de 120 000 euros sur 12 mois cette commission d'enquête indépendante, pilotée par l'Institut Louis Joinet (IFJD), une ONG française basée à Bayonne, spécialisée dans la justice restaurative.