Club Antarès à La Seyne : 70 ans d'astronomie pour les jeunes
Antarès : 70 ans d'astronomie pour les jeunes

Créé en 1958 par Jean Pinson, professeur de mathématiques au collège Martini, le Club Antarès est né d'une ambition simple : faire découvrir l'astronomie aux plus jeunes et éveiller leur curiosité scientifique. Très vite, les élèves ne se contentent plus d'observer le ciel : ils fabriquent eux-mêmes leurs télescopes, taillent les miroirs et participent à de véritables projets scientifiques. Face à cet engouement, la ville de La Seyne fait construire un observatoire, inauguré en 1966, qui devient le symbole de cette aventure collective.

Au fil des décennies, le club multiplie les initiatives. Il participe à des programmes menés avec des observatoires professionnels, emmène de jeunes passionnés observer l'éclipse totale de Soleil en Mauritanie en 1973, puis développe des animations pour les écoles. Ce vendredi soir, une partie du club a animé une conférence à la bibliothèque du Clos Saint-Louis, affichant complet plusieurs jours à l'avance.

Un observatoire né du patrimoine maritime

L'histoire d'Antarès est aussi celle de la ville de La Seyne. À une époque où les moyens étaient limités, les membres du club récupéraient des matériaux promis à la casse dans les chantiers navals. Certains miroirs étaient réalisés à partir de hublots de navires, tandis que l'escalier de l'observatoire provient lui aussi d'un ancien bateau. Une façon ingénieuse de transformer le patrimoine maritime seynois en instruments tournés vers les étoiles.

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Cette ingéniosité reflète l'esprit du club : faire avec les moyens du bord, mais toujours avec exigence. Les bénévoles transmettent leur savoir-faire artisanal autant que scientifique, et les jeunes apprennent en pratiquant.

Le club junior, une nouvelle génération d'astronomes

Mais l'association regarde déjà plus loin : vers celles et ceux qui prendront le relais demain. Relancé cette année, le club junior accueille une petite douzaine d'enfants âgés de 6 à 10 ans. Encadrés par des bénévoles, ils découvrent les bases de l'astronomie à travers des observations de la Lune et des planètes au télescope, apprennent à reconnaître les constellations et participent à des ateliers pédagogiques.

« Les enfants s'intéressent à tout, et surtout à l'actualité spatiale. Ils ont suivi en direct à la télévision le lancement de la mission Artemis, le grand programme qui doit permettre le retour de l'Homme sur la Lune. Ils avaient une foule de questions : comment vivent les astronautes, comment dorment-ils, comment mangent-ils... et même comment fonctionnent les toilettes dans l'espace ! Peut-être que cela fera naître des vocations », sourit Frédéric Capolino, président du Club Antarès.

Une transmission portée par les bénévoles

« Depuis quelques années, nous constatons un véritable regain d'intérêt pour l'astronomie. Thomas Pesquet a largement contribué à remettre les étoiles dans les yeux des Français », estime Adrien Cognet, conférencier de l'association. Cette passion se transmet grâce à l'engagement des bénévoles, qui consacrent leur temps à éveiller la curiosité des enfants.

Le club junior reprendra le vendredi soir à l'observatoire dès la rentrée. Le club est aussi ouvert aux adultes et donne des conférences avec observation du ciel pour le grand public une fois par mois. Une façon de maintenir le lien entre générations et de faire vivre la science dans la cité.

L'expédition de 1973 : une odyssée dans le désert

L'histoire du club est également jalonnée d'aventures mémorables. En 1973, quinze passionnés, dont huit jeunes, préparent pendant près de dix mois une expédition pour observer en Mauritanie « la plus belle éclipse du siècle ». « Vous réussirez votre expédition parce que vous avez la foi », leur lance alors Philippe Giovannini, maire de La Seyne.

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À bord de deux Land Rover et d'une Méhari, ils parcourent des centaines de kilomètres sur les pistes du Sahara. L'aventure ressemble parfois davantage à un raid qu'à une mission scientifique : pannes mécaniques, crevaisons à répétition, ensablements, formalités interminables aux frontières. Les pièces détachées doivent même être expédiées par avion depuis Madrid. Pour éviter des centaines de kilomètres de pistes impraticables, les véhicules sont chargés sur un train transportant le minerai de fer entre Zouérate et Choum.

Après tant d'efforts, la récompense est immense. « La couronne solaire allait rester plus de six minutes devant nos yeux... le diamant apparut, c'était la fin », raconte Jean Pinson. Il résume cette aventure en revenant sur la vocation du club : « Tout ce qui fut pour nous angoisse ou découragement s'est transformé aujourd'hui en souvenirs inoubliables. »

À l'écoute de l'ISS... ou presque

Plus récemment, le club a tenté une expérience originale : écouter, depuis La Seyne, une conversation radio entre les astronautes de la Station spatiale internationale (ISS) et une école italienne. Depuis peu, Antarès partage son observatoire avec le radio-club seynois. De cette rencontre entre passionnés d'astronomie et de radio est née une collaboration prometteuse.

En suivant les passages de l'ISS au-dessus de la région, les membres découvrent qu'un échange est prévu avec des élèves italiens. Les deux associations mettent alors leurs compétences en commun pour installer un dispositif permettant d'écouter cette liaison spatiale depuis l'observatoire. Tout est prêt lorsque le coup de théâtre survient : au dernier moment, le programme de la station est modifié et la communication est annulée. Un imprévu venu des étoiles.

Les passionnés ne cachent pas leur déception, mais restent confiants : ce n'est que partie remise. À la prochaine liaison avec l'ISS, ils espèrent bien offrir aux Seynois une écoute en direct, de l'observatoire jusqu'à l'espace.