Quatre femmes ont été officiellement reconnues victimes de traite des êtres humains au Royaume-Uni, dans le cadre des accusations de viols et d'agressions sexuelles portées contre Mohamed Al-Fayed, l'ancien propriétaire du grand magasin Harrods décédé en 2023. Cette décision, annoncée après une longue procédure d'identification, est considérée comme un précédent majeur pour la justice britannique.
Une reconnaissance qui change la donne juridique
La qualification de « victime de traite des êtres humains » ne se limite pas à un simple statut symbolique. Elle découle de l'application du Modern Slavery Act de 2015, une loi britannique qui définit l'esclavage moderne, la servitude, le travail forcé et la traite des êtres humains. Ce cadre légal impose aux autorités de protéger les personnes identifiées comme victimes, en leur offrant un hébergement sécurisé, une aide médicale et psychologique, ainsi qu'un accès à une assistance juridique.
Pour les quatre plaignantes, cette reconnaissance signifie avant tout une validation officielle de leur parcours. Elles deviennent éligibles à un programme de compensation financé par l'État et peuvent également obtenir un droit au séjour si elles ne sont pas britanniques. À plus long terme, cette décision pourrait servir de base à des actions civiles contre la succession de Mohamed Al-Fayed.
Des accusations multiples et convergentes
Les écrits de Mohamed Al-Fayed ne sont plus à démontrer. Après la mort du milliardaire, des dizaines de femmes ont raconté des expériences similaires : des jeunes employées du célèbre magasin londonien, convoquées sous des prétextes professionnels, puis confrontées à des gestes déplacés, des attouchements ou des viols. Les témoignages convergent sur des décennies, si bien que la police britannique a ouvert une enquête approfondie.
Les quatre femmes récemment reconnues comme victimes de traite font partie des premières plaignantes à obtenir ce statut. Leurs dossiers reposent sur des preuves précises, incluant des correspondances, des témoignages de collègues et des documents internes de l'entreprise. Elles décrivent un mécanisme d'emprise où la vulnérabilité économique était exploitée.
Un séisme pour l'institution Harrods
L'ancien magasin phare de Londres, qui appartient désormais au groupe Qatar Investment, a présenté des excuses publiques et mis en place une ligne d'écoute pour les anciennes employées. L'institution tente de se démarquer de l'ère Al-Fayed, tout en coopérant avec les enquêteurs. Les révélations successives ont terni l'image de la maison fondée en 1834.
Cependant, cette reconnaissance judiciaire ne suffit pas à indemniser les victimes. Les avocats des plaignantes réclament la création d'un fonds d'indemnisation abondé par les actifs de la succession de l'homme d'affaires. Certaines victimes ont également engagé des procédures contre l'ancienne direction de Harrods, accusée de ne pas avoir réagi aux signalements.
Le poids des témoignages
La reconnaissance du statut de victime de traite repose sur des évaluations conduites par des officiers spécialement formés. Ces entretiens permettent de déterminer si les critères de la traite, à savoir le recrutement, le transport ou l'hébergement d'une personne par la menace ou la tromperie en vue de son exploitation, sont réunis. Dans cette affaire, les enquêteurs ont conclu que les éléments étaient suffisamment solides pour les quatre femmes.
Cette procédure est souvent longue et éprouvante pour les plaignantes, qui doivent raconter en détail les violences subies. L'issue positive de leur dossier est donc d'autant plus significative. Elle témoigne de la crédibilité de leurs récits et pourrait encourager d'autres victimes à franchir le pas.
Un précédent pour les affaires d'abus de pouvoir
Au-delà du cas Al-Fayed, cette décision envoie un signal fort à toutes les victimes d'abus sexuels commis par des personnalités puissantes. Elle démontre que la notion de traite des êtres humains peut être mobilisée dans des contextes où des femmes ont été exploitées dans le cadre de leurs relations professionnelles.
Les associations féministes britanniques saluent cette avancée, tout en appelant à une refonte des critères de reconnaissance pour mieux prendre en compte les réalités des violences sexuelles. La justice britannique continue d'examiner d'autres plaintes, et il est probable que le nombre de victimes reconnues augmente dans les mois à venir.
Même si Mohamed Al-Fayed n'est plus en vie pour répondre de ses actes, cette affaire montre que la justice peut trouver des voies de réparation. Elle restera comme l'une des plus importantes affaires de violences sexuelles liées au monde économique au Royaume-Uni.



