À Rennes, la lutte contre le trafic de stupéfiants s'appuie cet été sur des drones. La préfecture d'Ille-et-Vilaine a pris cinq arrêtés le 29 juillet afin d'autoriser la captation, l'enregistrement et la transmission d'images par la police nationale, rapporte ICI Armorique. Le dispositif couvre une large partie des quartiers de la ville et doit renforcer la surveillance des secteurs identifiés comme des points de deal, précise France 3 Bretagne.
Un dispositif conçu pour durer
Selon la préfecture, ces survols doivent "dissuader les trafiquants et les consommateurs". Elle ajoute que la mesure "s'installer dans le temps, au regard des vastes espaces occupés par les trafiquants et les consommateurs et du caractère très mobile et volatil des individus se livrant à ce genre d'activité". Cette formulation laisse entendre que le recours aux drones n'est pas qu'une expérience estivale, mais un outil appelé à s'inscrire dans la durée.
La décision préfectorale intervient alors que le Sénat débat de nouveaux pouvoirs pour la police municipale, notamment la verbalisation de l'usage de stupéfiants, l'outrage sexuel et l'utilisation de drones. Les polices locales pourraient ainsi, à terme, disposer de capacités similaires.
La Ligue des droits de l'homme a saisi la justice
Cette méthode ne fait pas l'unanimité. Dès avril 2025, la section rennaise de la Ligue des droits de l'homme a contesté cette pratique devant la justice. Elle invoquait les libertés fondamentales ainsi que la jurisprudence du Conseil constitutionnel et du Conseil d'État, qui exigent que le préfet vérifie qu'aucun dispositif moins attentatoire à la vie privée ne permettrait d'atteindre le même objectif.
Le tribunal a toutefois rejeté la requête, estimant que le dispositif était justifié par les risques pour la sécurité publique. La préfecture assure de son côté qu'il n'existe pas d'autres solutions aussi efficaces pour lutter contre le trafic, et pointe la vulnérabilité des forces de l'ordre, régulièrement visées par des projectiles depuis les hauteurs.
Cet encadrement juridique est au cœur des débats. L'avocat Jean-Baptiste Soufron, qui a déposé un recours contre l'usage de drones par les forces de l'ordre devant le Conseil d'État, dénonçait en mai 2023 : "On avait des critères qui semblaient clairs mais les forces de l'ordre ont décidé de s'en exonérer."
Un précédent en Occitanie
L'initiative rennaise n'est pas isolée. En début d'année, le préfet de la région Occitanie avait autorisé l'utilisation de drones dans 19 communes de la Haute-Garonne pour lutter contre le phénomène des rodéos urbains. Ce précédent montre que les forces de l'ordre étendent progressivement le recours à ces aéronefs dans les zones urbaines, au prix d'un débat croissant sur le respect de la vie privée.
À Rennes, l'efficacité du dispositif sera observée de près pendant le mois d'août, tant par les autorités que par les associations de défense des libertés publiques.



