Quadruple meurtre de la Sarthe : la justice annule la condamnation à perpétuité de Dany Leprince
Quadruple meurtre : la justice annule la condamnation de Dany Leprince

La Cour de révision a annulé ce jeudi 2 juillet 2026 la condamnation à la prison à perpétuité de Dany Leprince, dans le célèbre dossier criminel du quadruple meurtre survenu dans la Sarthe en 1994, et a ordonné la tenue d'un nouveau procès. Libre après 18 années passées derrière les barreaux, Dany Leprince, âgé de 69 ans, jouait son ultime recours dans ce qui est le combat de sa vie, après un premier rejet en 2011. La décision, qualifiée d'exceptionnelle, a été saluée par ses avocats comme une « grande victoire ».

Une décision rarissime depuis 1945

« La Cour de révision et de réexamen juge que deux des éléments susceptibles d'avoir été retenus à charge par la cour d'assises se trouvent fragilisés par des éléments inconnus de la juridiction, ce qui est de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de Dany Leprince », a détaillé son président Nicolas Bonnal. L'instance judiciaire, qui ne pouvait pas se prononcer directement sur la culpabilité, a ordonné que Dany Leprince soit à nouveau jugé lors d'un procès qui se tiendra à Angers, devant la cour d'assises du Maine-et-Loire. Depuis 1945, seules une douzaine de condamnations criminelles ont été annulées, un chiffre exact débattu.

Les larmes aux yeux à l'énoncé de la décision, Dany Leprince est tombé dans les bras de ses proches. « Aujourd'hui il n'y a plus de "Boucher de la Sarthe", il demeure Monsieur Leprince, présumé innocent (…) Ce que nous obtiendrons devant la cour d'assises, c'est l'acquittement de Dany Leprince », a déclaré son avocat, Maître Olivier Morice, saluant « une grande victoire et une décision historique ».

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Le témoignage de la seule rescapée retenu

Pour annuler la condamnation, la Cour de révision a d'abord retenu le témoignage de Solène Leprince, seule rescapée du massacre survenu lorsqu'elle avait deux ans. Le 4 septembre 1994, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles âgées de 7 à 10 ans sont retrouvés tués à l'arme blanche dans leur pavillon de Thorigné-sur-Dué (Sarthe). Accusé par sa femme de l'époque Martine Compain et sa fille aînée Célia, Dany Leprince, 37 ans au moment des faits et voisin de son frère, avoue le meurtre aux policiers et au juge d'instruction, avant de se rétracter rapidement et de clamer son innocence depuis.

Devenue adulte, Solène Leprince indique n'avoir aucun souvenir du drame, tandis qu'à l'époque de la procédure, ses déclarations et comportements d'enfant donnaient à penser aux enquêteurs qu'elle aurait vu Dany Leprince commettre le quadruple meurtre. « Je suis brisée d'avoir perdu mes parents et mes sœurs, mais aussi en colère qu'il reste des zones d'ombre aujourd'hui », avait déclaré la survivante à la Cour de révision, venue le mois dernier appuyer la demande de son oncle.

Martine Compain pointée du doigt

La Cour de révision a également pointé les « pertes de mémoire alléguées » de Martine Compain, femme de Dany Leprince au moment des faits, sur le déroulé exact de la soirée fatale. Selon une expertise ultérieure au verdict, cette dernière ne présente pas de problèmes de mémoire et ces absences pourraient s'avérer être une « simulation ». « Ce second élément nouveau peut laisser à penser que Martine Compain s'est volontairement abstenue d'apporter un éclairage complet sur le déroulement de la soirée », a souligné le juge Nicolas Bonnal.

L'ex-femme de Dany Leprince, dont il est aujourd'hui divorcé, est actuellement placée sous le statut de témoin assisté dans le cadre d'une information judiciaire ouverte à la suite d'une plainte avec constitution de partie civile déposée au Mans par Robert Leprince, père de Dany. Ses avocats, Vincent Brengarth, William Bourdon et Colomba Grossi, ont réagi dans un communiqué : « Aujourd'hui, un nouveau procès devrait avoir lieu concernant Monsieur Leprince mais il ne signifie aucunement son innocence et encore moins la culpabilité de Madame Compain. Notre cliente est aujourd'hui totalement confiante mais nous dénonçons le processus visant à créer une insécurité juridique et un harcèlement médiatique plus de trente ans après les faits. »

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