Procès pour la mort de Jérémie Cohen à Bobigny : quatre ans après les faits
Procès pour la mort de Jérémie Cohen à Bobigny

Un procès attendu depuis quatre ans

C’est probablement un hasard du calendrier judiciaire, mais il est lourd de symbolisme. Les deux hommes âgés de 29 et 26 ans, mis en cause dans la mort de Jérémie Cohen, comparaîtront à partir de lundi devant la cour criminelle de la Seine-Saint-Denis. Ce procès s’ouvre exactement quatre ans jour pour jour après le décès de cet homme de 31 ans, percuté par un tramway à Bobigny.

Un rendez-vous judiciaire que les proches de Jérémie Cohen, de confession juive et porteur d’un handicap léger, attendent avec une impatience mêlée de douleur. « Mes clients souhaitent que justice soit rendue. Sans cette rencontre malheureuse, Jérémie serait encore de ce monde. Ils veulent que les accusés soient condamnés à la hauteur du crime commis et de la gravité des faits », indique à 20 Minutes leur avocat, Me Franck Serfati.

Des accusations très graves

L’accusé principal est poursuivi pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Il encourt jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle. Contacté par 20 Minutes, son avocat, Me Kamel Derouiche, n’a pas souhaité s’exprimer avant l’ouverture de l’audience. Le second accusé sera jugé pour « violences en réunion sans incapacité commise en état de récidive légale ». Il risque jusqu’à 6 ans d’emprisonnement. Son conseil, Me Lucas Minkowski, n’a pas donné suite aux sollicitations du journal.

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Une scène filmée et diffusée

Les faits se sont déroulés le 16 février 2022, avenue Jean Jaurès à Bobigny, vers 20 heures. La scène a été en partie filmée par un témoin et la vidéo a été largement diffusée sur les réseaux sociaux. Sur les images, on peut voir une dizaine de personnes encerclant la victime près d’un immeuble. Quand Jérémie Cohen en sort, il est immédiatement frappé par deux agresseurs.

« Ils l’ont massacré, passé à tabac », insiste Me Serfati. « Il avait un handicap, il ne s’est jamais battu. C’était un garçon docile, il n’était ni capable de se battre, ni de provoquer, ni de se défendre. Ils étaient une quinzaine face à un pauvre gars inoffensif. »

Une fuite tragique

La victime parvient à s’enfuir et court entre les voitures en direction des rails sur lesquels circule le tramway, roulant à 35 km/h. Il est percuté quelques secondes plus tard et décède quelques heures après le choc. « Sa fuite en direction des voies du tramway est à l’évidence la conséquence immédiate des violences qu’il subissait », soulignent les magistrats dans leur ordonnance de mise en accusation.

Des zones d’ombre persistantes

Les deux hommes, se sachant recherchés, se sont présentés spontanément aux services de police. Très vite, l’hypothèse d’une agression antisémite, relayée par les politiques d’extrême droite, a été écartée par les enquêteurs. Cependant, de nombreuses zones d’ombre demeurent sur cette affaire complexe.

Que venait faire la victime à Bobigny ce soir-là ? « Il habitait dans le 93, ce n’était pas un habitué de ce quartier », indique simplement Me Serfati. Les raisons qui ont poussé les accusés à se déchaîner restent, elles aussi, nébuleuses.

Des versions contradictoires

Selon les déclarations des accusés, Jérémie Cohen se serait masturbé près d’une mère de famille et aurait ensuite agressé sexuellement la petite amie de l’un d’eux. Ils l’auraient frappé afin de le « mettre hors d’état de nuire ». Une seconde altercation, celle qui a été filmée, aurait éclaté peu de temps après.

Mais l’avocat des proches de la victime balaie ces allégations : « Jérémie était tout sauf un jeune garçon violent. Il n’a pu agresser personne, ni les mis en cause, ni une quelconque copine. Il n’en avait la capacité ni physique ni mentale. Il n’y a pas eu le moindre fait déplacé de sa part ». Il pointe des « contradictions » flagrantes dans le récit des accusés.

Le verdict de ce procès particulièrement attendu est prévu pour le 23 février, après plusieurs jours d’audience qui promettent d’être intenses et émotionnellement chargées pour toutes les parties concernées.

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