Procès Moreau à Nice : le voisin tueur rattrapé par son passé
Procès Moreau : le voisin tueur rattrapé par son passé

« Je me suis trompé de personnage, ce n’était pas Monsieur Baudin », bredouille Robert Moreau, 81 ans. Sa voix est à peine audible. « Qu’est-ce que vous lui avez fait ? », insiste le président Ludovic Leclerc. « Pas grand-chose », répond-il. Quelques instants plus tard, l’arme du crime lui est présentée. « Vous reconnaissez ce pistolet ? », appuie le président. L’accusé répond par la négative.

Depuis l’ouverture de son procès, mercredi, les troubles cognitifs de Robert Moreau plombent les débats. L’ancien serrurier atteint de la maladie d’Alzheimer navigue entre confusions et formules lapidaires. « Ça ne sert à rien de tuer les gens », glisse-t-il à un moment de l’audience. « Je l’ai fait, c’est fait »

Un homme bien différent en garde à vue

Pour mesurer l’évolution de son état, la cour diffuse ensuite l’enregistrement de son interrogatoire de première comparution devant la juge d’instruction alors que Robert Moreau venait de sortir de garde à vue. Pendant plus d’une heure, les jurés découvrent alors un homme bien différent. Après le décès de son épouse, d’avec laquelle il n’a pas eu d’enfant, Robert Baudin était devenu son seul soutien.

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Mais au fil de l’interrogatoire apparaît aussi la rancœur. Robert Moreau reproche à son dévoué voisin de lui avoir refusé la pose d’une plaque funéraire sur la tombe de son épouse. Il évoque également des papiers prétendument déchirés, des insultes et des humiliations. Selon lui, Robert Baudin lui aurait lancé : « Je n’en ai rien à foutre s’il t’arrive quelque chose, tu es une merde », lors d’une altercation prétendument survenue deux jours avant le drame. Fruit, selon un expert psychiatre, d’un délire de persécution nourri de fabulations.

« Il a tué mon mari et en plus il le salit »

Le 26 décembre 2023 au matin, dans le parking souterrain de la résidence située avenue Henry-Dunant à Nice, Robert Moreau croise son voisin. Il raconte être alors dans son garage à la recherche d’un tournevis cruciforme. À portée de main se trouve aussi un pistolet de calibre 7,65 conservé depuis son service militaire. Trois coups de feu sont tirés à bout portant dans la tête de Robert Baudin, 81 ans.

L’un des passages les plus marquants de l’enregistrement survient lorsqu’il affirme ne pas avoir prémédité une rencontre ce matin-là, pensant que son voisin passerait les fêtes en famille. Pour autant, il ajoute : « Je l’aurais tué à un moment donné. »

L’après-midi est consacrée à l’audition des parties civiles. À la barre, Françoise Baudin peine à contenir son émotion. Des photographies familiales sont projetées dans la salle d’audience. « Vous voyez ce sourire de mon mari ? C’était toujours comme ça. On voit que c’était un homme bon, il n’y a pas besoin de le dire. » La veuve décrit un homme « adorable, charmant et poli », unanimement apprécié. « Si mon mari avait été quelqu’un de désagréable, il n’y aurait jamais eu autant de monde à son enterrement. » Puis sa voix se durcit. « Il a tué mon mari et en plus il le salit. »

Une aide devenue un fardeau

Les époux Baudin connaissaient les Moreau depuis leur arrivée dans la copropriété du 14 avenue Henry-Dunant, en 1974. Les relations sont longtemps restées cordiales mais distantes. « On n’a même jamais bu un apéritif ensemble », résume Françoise Baudin. Selon elle, tout change lorsque l’état de santé de Mme Moreau se dégrade. La famille Baudin multiplie alors les services. Une de leurs filles conduit régulièrement l’accusé à l’hôpital pour qu’il puisse voir sa femme. Si bien qu’il la sollicite jour et nuit.

Interrogée sur les raisons possibles du passage à l’acte, Françoise Baudin avoue ne pas comprendre. « Peut-être de la jalousie parce que nous avions tout ce qu’il n’avait pas : des enfants, des petits-enfants, une jolie famille. Il s’est senti abandonné peut-être. » Avant de conclure : « Je n’explique pas son geste. Du reste, lui non plus. »

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