Procès historique en Belgique contre 3M pour pollution aux PFAS
Procès contre 3M en Belgique pour pollution aux PFAS

Un géant américain face à la justice belge pour pollution aux PFAS

Dans un procès qui s'ouvre mardi à Anvers, un millier de riverains de l'usine chimique 3M réclament à l'exploitant des indemnisations pour les avoir exposés pendant des années aux rejets de composants de la famille des PFAS. Située à Zwijndrecht, près du port d'Anvers, l'usine inaugurée dans les années 1970 est au cœur d'un scandale environnemental depuis 2021.

Un scandale révélé par des travaux routiers

Le scandale a éclaté en 2021 lorsque des niveaux de pollution anormaux ont été détectés dans les eaux souterraines et les sols à proximité du site, à l'occasion d'un chantier routier. Une campagne de prélèvements sanguins a ensuite confirmé l'exposition de centaines d'habitants, en particulier à une concentration très élevée de PFOS, l'un des multiples composants chimiques de cette famille de « polluants éternels ».

Les dangers persistants des PFAS

Le groupe 3M, connu pour son Scotch et ses Post-it, assure ne plus produire de PFAS depuis 2024 dans cette usine. Mais ces substances chimiques per- et polyfluoroalkylées mettent des milliers d'années à se décomposer dans l'environnement. Utilisées abondamment par l'industrie pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou leur résistance à la chaleur, les PFAS se retrouvent dans de nombreux produits :

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  • Cosmétiques
  • Ustensiles de cuisine
  • Emballages alimentaires

Ces substances peuvent avoir des effets délétères sur la santé, notamment :

  • Augmentation du taux de cholestérol
  • Risque accru de certains cancers
  • Incidence sur la fertilité
  • Problèmes de développement des fœtus

Trois jours de procès devant le juge de paix

Le procès, prévu sur trois jours à partir de mardi après-midi à Anvers, se tient devant un juge de paix. Les plaignants demandent à la justice de juger 3M responsable de « troubles de voisinage excessifs », avec à la clé l'octroi d'indemnités compensatoires. Geert Lenssens, l'avocat qui défend le collectif, assure qu'en 2023 une famille se disant victime de ce voisin pollueur a déjà obtenu gain de cause devant ce même juge.

Cette décision a ensuite gonflé le nombre de riverains associés à la procédure. Disant représenter quelque 1.400 plaignants, Me Lenssens réclame pour chacun d'eux 20.000 euros de « compensation provisionnelle », dans la perspective de leurs besoins futurs. Soit près d'une trentaine de millions d'euros en tout.

Des préjudices à long terme

« C'est important car une maladie peut mettre plusieurs dizaines d'années à se déclarer, comme on l'a vu avec l'amiante », souligne Me Lenssens. Autre type de préjudice potentiel, selon lui : la perte de valeur d'une maison au moment de sa revente. Après les arguments des plaignants, le juge entendra ceux du groupe américain. A l'issue de la dernière audience, jeudi, la décision sera mise en délibéré. Elle n'est pas attendue avant au moins un mois.

Une opération de dépollution en cours

Sollicité par l'AFP, le groupe 3M a rappelé qu'il participait actuellement à une vaste opération de dépollution des sols à Zwijndrecht, conformément à un accord conclu en 2022 avec les autorités de Flandre. En juillet 2022, ce gouvernement régional et 3M Belgique avaient annoncé un accord à l'amiable au terme duquel l'industriel s'engageait à dépenser un demi-milliard d'euros dans des mesures dites de « réparation ».

Un engagement de suppression progressive

Cinq mois plus tard, le groupe du Minnesota, déjà confronté à des procédures judiciaires liées aux PFAS aux États-Unis, avait annoncé qu'il supprimerait ces substances chimiques de tous ses processus de fabrication au plus tard fin 2025. À Anvers, la procédure civile devant le juge de paix a été initiée parallèlement à une enquête pénale, toujours en cours.

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Un collectif inspiré par le cinéma

Le collectif de plaignants s'est baptisé « Darkwater3M », en référence au film « Dark Waters » racontant l'histoire du combat judiciaire qui a été mené aux États-Unis contre le groupe DuPont après la contamination d'un réseau d'eau potable par de l'acide perfluorooctanoïque (PFOA). Cette référence cinématographique souligne la dimension internationale du combat contre les polluants éternels et la détermination des riverains à obtenir justice.