Le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, est visé par une plainte pour des soupçons de détournement de fonds publics et d'emploi fictif, déposée vendredi 7 août auprès du Parquet national financier par l'association AC!! Anti-Corruption. Cette plainte fait suite à un article du Canard enchaîné publié mercredi, qui affirme que l'élu insoumis a cumulé pendant des années un poste de cadre à la RATP avec ses mandats électifs, sans autorisation valable.
Les fondements de la plainte
Selon l'association, la plainte contre X repose sur les informations de l'hebdomadaire satirique évoquant un cumul de fonctions à temps plein à la RATP et d'élu. Elle porte sur des faits présumés de prise illégale d'intérêts, de favoritisme, de manquement à la probité et de cumul irrégulier d'activités publiques. Les faits dénoncés sont antérieurs aux élections municipales de mars dernier.
Le Canard enchaîné relate un « recrutement sans concours » ni entretien en 2000, des « horaires “élastiques” » et de « généreuses indemnités ». Bally Bagayoko aurait cumulé ce poste avec ses fonctions d'adjoint au maire, puis de vice-président du conseil départemental. Le cumul de deux emplois publics à temps plein est prohibé, sauf autorisation expresse et motivée, souligne AC!! Anti-Corruption, qui demande la vérification de l'autorisation de cumul délivrée par la RATP ou la préfecture, ainsi que de la présence effective de l'élu à la RATP pendant ses mandats.
Si les rémunérations ont été perçues pour un emploi non exercé à temps plein, « il s'agirait d'une utilisation indue des fonds publics », note l'association. Le journal évoque également une « hausse de 102 % de ses indemnités d'adjoint » accordée par le conseil municipal de Saint-Denis en 2015, après la perte de son mandat départemental, permettant de compléter un salaire de cadre dépassant ensuite les 6 000 euros par mois, a confirmé l'intéressé au Canard.
AC!! Anti-Corruption : une association citoyenne
Fondée en juin 2021 par Marcel Claude, ancien administrateur d'Anticor, l'association AC!! Anti-Corruption se définit comme « citoyenne » et lutte « contre toutes les formes de corruption, pour la défense de l'intérêt général et de l'environnement, et pour le soutien aux lanceurs d'alerte ». Son président d'honneur est le juge Eric Halphen, cofondateur d'Anticor en 2002.
« Une association comme la nôtre doit signaler ce qui lui paraît illégal et attentatoire aux intérêts de nos concitoyens, que les faits soient commis par des gens classés à gauche comme à droite », a déclaré Eric Halphen à l'AFP. Il a ajouté : « À partir du moment où des faits semblent mettre en cause un élu municipal et une institution telle que la RATP, nous nous devions de les dénoncer au Parquet national financier. Après, nous verrons ce que le parquet décide de faire. Mais nous avons un rôle de lanceur d'alerte en quelque sorte. »
La réponse de Bally Bagayoko
Contacté par l'AFP, Bally Bagayoko n'a pas souhaité commenter le dépôt de plainte. Mais dans la soirée, il a publié sur X une lettre de remerciements à ses soutiens, dénonçant une « succession de séquences médiatiques » visant à « le discréditer politiquement » et à « affaiblir une dynamique qui dépasse [sa] seule personne ». Il a mis en cause notamment « l'entourage de l'ancien maire socialiste de Saint-Denis », Mathieu Hanotin.
« Je n'ai pas le souvenir qu'un maire d'une grande ville ait été confronté dans un délai aussi court après son élection à une telle succession d'attaques et de mises en cause », a-t-il écrit. « Ils cherchent à nous arrêter, nous continuerons à avancer », conclut l'élu, qui a remporté la mairie dès le premier tour en mars. Interrogé par ICI Paris Île-de-France, il assure rester « serein sur l'issue » et affirme : « Tout le reste sera traité juridiquement. Pour l'instant, on compile tous les éléments et on laisse chacun dire ce qu'il a à dire sur le sujet. J'ai des choses beaucoup plus importantes à traiter. »
Réactions politiques et institutionnelles
La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a réagi sur X en demandant, « en tant que présidente d'Île-de-France Mobilités, que toute la transparence soit faite sur la politique de recrutement de la RATP, passée et présente, afin de dissiper les soupçons d'éventuels emplois fictifs financés par le contribuable ». Elle a ajouté : « De telles pratiques seraient totalement illégales et ne sauraient être tolérées dans nos monopoles publics ! »
De son côté, la RATP, sollicitée par l'AFP, « affirme se tenir très sereinement à la disposition de la justice pour lui fournir tous les éléments nécessaires, si celle-ci décidait de donner suite à cette plainte ».



