Scandale du périscolaire à Paris : Grégoire lance une commission d'enquête, plus de 130 animateurs suspendus
Depuis le 1er janvier, 132 animateurs de la ville – qui en emploie environ 14 000 – ont été suspendus, dont 52 pour « suspicion de violences sexuelles ou sexistes ». Une « commission d'enquête indépendante » sera mise en place au Conseil de Paris la semaine prochaine.
Face au scandale des violences sexuelles qui éclabousse le secteur périscolaire à Paris, le nouveau maire PS Emmanuel Grégoire a annoncé ce mardi 9 juin la suspension de 132 animateurs et la mise en place d’une « commission d’enquête indépendante » sur ce qui s’est passé à la ville depuis plus de dix ans.
« Je sais que ça nous est reproché, je l’assume au moins le temps que la confiance soit revenue et l’organisation revue », a plaidé le maire. Selon Emmanuel Grégoire, « les enfants parlent plus et les parents sont plus interrogatifs sur des choses qui paraissaient anodines », y compris « les violences éducatives ordinaires ».
52 animateurs pour « suspicion de violences sexuelles ou sexistes »
Depuis le 1er janvier, 132 animateurs de la ville – qui en emploie environ 14 000 – ont été suspendus, dont 52 pour « suspicion de violences sexuelles ou sexistes », a dévoilé le nouvel édile de la capitale dont le plan d’action promet la « tolérance zéro » et la « transparence totale ».
Ces chiffres élevés – le dernier bilan en avril faisait état de 78 suspensions dont 31 pour suspicions de violences sexuelles – sont attribuables « à une prise de conscience et à la très grande rigueur avec laquelle nous traitons ces signalements », a défendu Emmanuel Grégoire, en marge de la visite d’une école du 17e arrondissement.
Les syndicats déplorent un manque d’accompagnement des agents
Il n’a pas précisé pour quels motifs les 80 autres agents avaient été suspendus, alors que les syndicats de la filière, qui ont appelé à la grève jusqu’au 16 juin, déplorent une « multiplication » des sanctions pour des suspicions de violences éducatives dites ordinaires, « sans accompagnement des agents ».
Le plan d’action à 20 millions d’euros, mis en œuvre en avril, a « complètement réorganisé les signalements qui passent par voie hiérarchique et aussi par des plateformes », notamment une cellule d’écoute, a-t-il pointé. Lui qui a fait du périscolaire la « priorité absolue » de son début de mandat a aussi fait valoir la « grande sévérité » de la ville qui désormais suspend « systématiquement au moindre signalement ».
La volonté d’« ouvrir un débat national »
Avec 132 suspensions en cinq mois, « on ne parle plus de cas isolés, on parle d’un système qui accumule les alertes plus vite qu’il ne protège les enfants », a réagi le collectif MeTooEcole. Alors que le garde des Sceaux Gérald Darmanin est pris dans une polémique depuis le meurtre de la petite Lyhanna dans le Gers, le maire de la capitale a appelé à « ouvrir d’urgence un débat national sur les violences faites aux enfants », qui « engage l’État, la justice et l’ensemble des institutions de notre République ».
« Il y a eu des défaillances collectives dans l’affaire Lyhanna, qui ne peut pas traduire uniquement une défaillance individuelle », selon Emmanuel Grégoire, regrettant une « pénurie de moyens » pour les magistrats, ainsi qu’un « problème structurel de minoration » de ces violences.
Une « commission d’enquête indépendante » à Paris dès la semaine prochaine
L’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo, qui a présenté plusieurs fois ses « excuses » aux familles de victimes, a souligné avoir, lui, fait « amende honorable » sur sa « mécompréhension » d’affaires qu’il avait « traitées comme des cas individuels » quand il était aux affaires à l’Hôtel de ville. Comme il s’y était engagé, une « commission d’enquête indépendante » sera mise en place au Conseil de Paris la semaine prochaine, sous la présidence d’Antoine Garapon, ex-juge des enfants et ancien président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église.
Elle auditionnera « qui elle souhaitera » et aura « carte blanche pour faire des préconisations et analyser tout ce qu’il s’est passé depuis la réforme des rythmes scolaires en 2013 » qui a instauré la semaine de 4,5 jours. Le prochain Conseil de Paris va mettre aussi en place une mission d’information et d’évaluation, réclamée depuis deux mois par l’opposition de droite.
L’objectif de cette mission « transpartisane » est de « faire une opération mains propres sur ce qu’il s’est passé ces dix dernières années, les modalités de recrutement, les dysfonctionnements », a exposé ce mardi Grégory Canal, qui copréside avec Rachida Dati le premier groupe d’opposition au Conseil de Paris. Elle entendra « l’ensemble des acteurs concernés », a-t-il ajouté, rappelant qu’Emmanuel Grégoire avait été en charge des ressources humaines à l’Hôtel de ville avant d’être premier adjoint d’Anne Hidalgo. Jugeant « confuses » les mesures de la ville, la droite parisienne réclame un « plan d’envergure » doté de 50 millions d’euros, qui comprendrait notamment l’installation de caméras de vidéoprotection. Une convention citoyenne sur la protection et les temps de l’enfant remettra en outre ses conclusions à la fin juin.



