Nice : 15 ans de réclusion pour un octogénaire atteint d'Alzheimer ayant tué son voisin
Nice : 15 ans de réclusion pour un octogénaire Alzheimer

Un procès pour le moins atypique s'est clôturé ce vendredi devant la cour d'assises des Alpes-Maritimes. Robert Moreau, 81 ans, a été reconnu coupable de l'assassinat de son voisin, Robert Baudin, commis le lendemain de Noël 2023 à Nice. Le verdict est tombé : quinze ans de réclusion criminelle. À l'annonce de la peine, l'accusé est resté impassible, une absence de réaction qui n'a surpris personne tant le procès s'est déroulé en marge de son principal protagoniste.

Un accusé absent, rongé par la maladie

Atteint de la maladie d'Alzheimer et de troubles vasculaires cérébraux, l'octogénaire a davantage occupé le banc des spectateurs que celui des accusés. Pourtant, c'est bien lui qui comparaissait pour avoir tué Robert Baudin, 81 ans, dans le sous-sol de leur résidence située au 14 avenue Henry-Dunant à Nice, le 26 décembre 2023. Pour la défense, l'origine du drame réside avant tout dans une maladie neurodégénérative ancienne. « Son Alzheimer remontait probablement à cinq ou dix ans avant les faits », a soutenu Me Olivier Bolla, qui plaide pour une irresponsabilité pleine et entière. « Est-ce que c'est la maladie de M. Moreau qui est responsable de la mort de M. Baudin ? J'en suis convaincu à 100 %. »

Un « règlement de compte imaginaire »

Dans sa plaidoirie, Me Florence Bensa-Troin, conseil des parties civiles, a rappelé le rôle joué par la famille Baudin après la dégradation de l'état de santé de l'épouse de l'accusé puis son décès. « Ils faisaient partie de ceux qui pensent encore que la solidarité et la gentillesse ont un sens », a-t-elle déclaré. Pendant plusieurs mois, Robert Baudin a accompagné Robert Moreau, notamment dans ses démarches administratives. Une aide que l'accusé avait lui-même sollicitée. Pour l'avocate, cette relation aurait progressivement nourri chez lui jalousie et rancœur, jusqu'à l'élaboration d'un véritable projet criminel, fruit selon elle d'un « règlement de compte imaginaire ». Le mobile exact du meurtre, s'il y en a un, restera sans doute inconnu. Mais pour l'avocate, rien n'indique qu'au moment des faits, Robert Moreau a perdu contact avec la réalité. Elle s'appuie notamment sur les trois tirs dirigés vers la tête de la victime ainsi que sur la tentative de dissimulation du corps après les faits. C'est l'épouse de Robert Baudin qui va finalement découvrir l'horreur.

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Un discernement altéré mais non aboli

L'avocate générale Noémie Orihuela a décrit un dossier « simple en apparence » mais particulièrement complexe sur le fond en raison de la personnalité de l'accusé. Pour le ministère public, la dégradation cognitive de Robert Moreau ne saurait à elle seule totalement écarter sa responsabilité pénale. « À aucun moment les experts n'ont évoqué une abolition du discernement », a-t-elle rappelé. Selon elle, l'accusé s'est retrouvé prisonnier d'une réalité qu'il s'est lui-même construite. Une fragilité psychologique qui l'a poussé à commettre l'irréparable. « Sa réalité, c'est une fragilité narcissique et une immaturité », a estimé l'avocate générale. Pour autant, l'accusation maintient que l'intention homicide ne fait aucun doute. Robert Moreau savait ce qu'il faisait et savait que son geste était interdit. Noémie Orihuela a requis 16 ans de réclusion criminelle.

« Ce procès n'aurait pas dû se tenir »

Depuis l'ouverture des débats, mercredi 10 juin, Me Olivier Bolla, avocat de Robert Moreau, a contesté la tenue même du procès. « La communication est un élément central entre un avocat et son client. Ici, cela a été extrêmement compliqué », a-t-il expliqué. Et d'ajouter : « Je n'ai jamais été son confident. Il n'y a pas eu de véritable échange […] Je suis la caution d'un procès qui n'aurait pas dû se tenir. Pour moi, ce n'est pas une bonne justice ». L'avocat a également évoqué les difficultés rencontrées par son client en détention. D'après lui, les services pénitentiaires eux-mêmes reconnaissent les limites de leur prise en charge : « M. Moreau n'a pas sa place en prison », lui aurait-on confié. Pourtant, c'est bien sa cellule que son client âgé de 81 ans a regagnée après l'annonce du verdict.

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La décision de la cour

Après délibération, la cour a retenu que Robert Moreau avait volontairement tué son voisin et prémédité son geste. Elle a toutefois considéré que son discernement était altéré au moment des faits, sans être aboli, et l'a condamné à la peine de quinze ans de réclusion criminelle.