Les pêcheurs méditerranéens maintiennent leur mouvement « marée noire » ce jeudi 17 septembre, bloquant le dépôt pétrolier GDH de Frontignan et le port passagers de Sète, alors qu'une délégation est reçue à Paris par la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud. La profession réclame un plafonnement du gazole à 0,80 € par litre et une vision à long terme, jugeant insuffisantes les annonces gouvernementales, tandis que la Région Occitanie propose un soutien immédiat d'un million d'euros.
Un mouvement de quatre jours, des annonces jugées insuffisantes
Depuis 3 heures du matin, une cinquantaine de pêcheurs venus de différents ports de Méditerranée, dont Sète, Marseille, Agde et le Grau-du-Roi, sont mobilisés sur le barrage du dépôt de carburant de Frontignan. Ce quatrième jour de mobilisation intervient au lendemain des annonces du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui prévoyait une prolongation de l'aide ciblée sur les carburants jusqu'en décembre, avec une revalorisation de 0,25 € à 0,35 € par litre pour les pêcheurs. Ces mesures font toutefois « flop » auprès des professionnels.
Martial Lubrano, prud'homme major de Sète, présent sur le barrage, exprime son scepticisme : « On a beaucoup d'incertitude autour de cette mesure. Parce qu'on a aucune garantie que le gazole va rester à 1,18 €. Demain, s'il monte à 1,40 €, les 0,35 € ça servira à rien. C'est une mesure prise sur trois mois et on fait quoi après, on fait des CDD de trois mois pour nos marins et après ? » Il dénonce une mesure visant à « nous calmer jusqu'aux fêtes de Noël », s'interrogeant sur la nécessité de rebloquer les ports en janvier pour être entendus, alors que les élections présidentielles d'avril pourraient encore retarder les décisions.
Un gazole plafonné à 0,80 € et une vision à long terme
Les pêcheurs réclament une « vision à long terme » pour la filière. Martial Lubrano précise : « Un gazole plafonné à 0,80 € à la pompe, ils sont capables de le faire. Ça s'appelle une volonté politique. Au lieu de nous envoyer 35 centimes dans trois mois, ils les donnent directement à la pompe. Ça revient au même et c'est une contrainte administrative en moins pour nous. » Il souligne également que les mesures actuelles ne répondent pas aux enjeux du plan WestMed, ni à la gestion du thon rouge ou des anguilles.
Kevin Henri, pêcheur au petit métier sétois de père en fils, dénonce la lourdeur administrative : « C'est inimaginable la contrainte administrative que l'on a ! Tous les six mois il y a de nouvelles normes ! J'y passe au moins un tiers du temps ! » Il s'interroge : « Quelle entreprise peut être pérenne sans vision à long terme, ce n'est pas possible. » Il évoque aussi la nouvelle répartition des quotas de pêche au thon (palangrier et à la canne) entre Atlantique et Méditerranée : « On avait 89 % du quota et on vient de tomber à 33 %. Cela avait pourtant été négocié avec le comité national des pêches mais la ministre en a décidé autrement. C'est encore un manque à gagner pour nous ! »
Blocage du port de Sète et impact sur les passagers
Le port passagers de Sète est toujours bloqué, et selon nos informations, six ferries n'ont pas pu accoster, ainsi que des bateaux de croisière, soit entre 6 000 et 7 000 passagers concernés. La situation reste tendue en attendant l'issue de la réunion avec la ministre.
La Région Occitanie propose 1 M€ et demande des actions à l'État
Dans un communiqué, la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, annonce que « la Région est prête à débloquer immédiatement la somme d'1 M€ de fonds européens régionaux FEAMPA pour les arrêts temporaires à destination des pêcheurs d'anguilles et des chalutiers ». Elle demande à l'État d'autoriser formellement la modification du programme, relevant de sa compétence. Carole Delga enjoint également l'État à « agir sans attendre sur les décisions qui relèvent de sa responsabilité, en versant immédiatement les aides au carburant qui connaissent un retard de plusieurs mois et en anticipant le versement des autres compensations attendues par les professionnels ».
La présidente de la Région demande aussi à la ministre de la Mer « de revenir sur la décision injuste de répartition du quota national de thon rouge, qui défavorise les pêcheurs méditerranéens », soulignant qu'« aucune concertation n'a eu lieu » contrairement au règlement européen. Elle s'engage à accompagner les pêcheurs « sur le terrain juridique en cas de recours administratif de leur part ». Enfin, Carole Delga promet un « soutien complémentaire – conditionné aux annonces que fera la ministre de la Mer demain, jeudi 17 septembre – en mobilisant les collectivités territoriales du littoral, comme cela a été fait pour soutenir les conchyliculteurs en 2025 ».



