Le bras de fer judiciaire se poursuit entre Salah Abdeslam, dernier membre en vie du commando des attentats du 13 novembre 2015, et l'administration pénitentiaire. Le tribunal administratif de Lille a confirmé le maintien des restrictions imposées à ses parloirs, en raison de nouveaux éléments, notamment des menaces qu'il aurait proférées à l'encontre du directeur de sa prison.
Une ordonnance qui rejette la levée de l'hygiaphone
Dans une ordonnance rendue mercredi 10 juin 2026 et consultée jeudi 11 juin par l'AFP, le juge des référés a rejeté la demande de Salah Abdeslam visant à supprimer le dispositif de séparation par hygiaphone lors de ses parloirs. L'administration pénitentiaire a présenté des éléments accablants : selon elle, le 4 avril, Abdeslam aurait demandé à un autre détenu de se procurer l'adresse du directeur de la prison afin d'envoyer « deux ou trois gars » pour provoquer une « catastrophe », sans vouloir attendre 2086. L'intéressé conteste ces propos.
Tentatives de remise d'objets interdits
Par ailleurs, plusieurs visiteuses, dont sa mère, auraient tenté de lui remettre des produits prohibés lors des parloirs : nourriture, parfum, huile essentielle ou encore un objet en plastique pour massage. Ces faits sont rapportés par l'administration pénitentiaire.
Le ministère de la Justice, dans son mémoire en défense, a estimé que ces éléments « démontrent la dangerosité persistante de M. Abdeslam et la volonté de ses proches de commettre des actes irréguliers à l'occasion des parloirs, justifiant qu'il ne bénéficie plus de parloirs ordinaires ».
Un revirement judiciaire
Début avril, le tribunal administratif de Lille avait ordonné à l'État d'assouplir les conditions de parloir de Salah Abdeslam, avec une astreinte financière de 100 euros par jour en cas de non-respect. Cependant, face aux nouveaux éléments fournis par l'administration, la justice a supprimé cette astreinte depuis le 20 mai.
Salah Abdeslam purge une peine de réclusion à perpétuité à la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), où il est placé à l'isolement. Son avocat, Me Benoît David, a contesté les accusations, affirmant que les menaces verbales ont été « sorties de manière opportune par l'administration, sans que ce soit vérifiable et contestable ».
Des incidents antérieurs
En avril, la mère et la sœur d'Abdeslam avaient été arrêtées avant un parloir puis libérées au bout de 48 heures sans poursuites. Fin 2025, Abdeslam avait été placé en garde à vue après la découverte d'une clé USB remise par une ex-compagne au parloir, contenant de la propagande d'organisations terroristes comme l'État islamique ou Al-Qaïda, selon le parquet national antiterroriste.



