Un prévenu condamné pour avoir menacé son avocate
Ce vendredi, le tribunal correctionnel d’Alès a condamné Vincent R., 60 ans, à deux mois de prison avec sursis et à un stage de citoyenneté. Il était poursuivi pour avoir menacé son avocate en août 2022, mécontent du traitement de son dossier.
L’avocate, qui exerce au barreau d’Alès, avait été prise à partie par son client. Ce dernier, ancien professeur de sport devenu maître nageur, souhaitait interjeter appel dans une affaire complexe. L’avocate estimait que cette démarche n’était pas opportune, ce qui a provoqué la colère de Vincent R.
Des menaces explicites
Lors d’une rencontre dans le cabinet, le prévenu a lancé à son avocate : « Vous verrez qui je suis si vous ne faites pas appel. On n’est que tous les deux dans vos locaux. Et passez le bonjour à vos enfants. » Puis, alors qu’elle lui demandait de partir, il a ajouté : « Je n’ai plus rien à perdre. Et encore le bonjour aux enfants. »
L’avocate, pourtant habituée aux dossiers sensibles, a déposé plainte. Entendu en octobre 2022, Vincent R. a tenté de se défendre seul, sans avocat. Il a expliqué : « Mon avocate a fait une erreur dans mon dossier qui date de 15 ans. Un dossier qui m’a mis par terre au niveau professionnel et personnel. Je conteste les propos qu’on m’attribue. Je n’ai aucune compétence en droit. Je voulais que l’avocate s’occupe de mon dossier. Je me suis retrouvé démuni quand elle m’a dit de venir reprendre mon dossier. »
La défense du bâtonnier
Conformément à l’usage, le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Aude Guiraudou-Samson, a assuré la défense de sa consœur. Elle a déploré « les violences ou les menaces contre les avocats du barreau d’Alès. Ces situations remettent en cause l’indépendance des professionnels. En cas de problème sur un dossier, il y a des recours avec les instances ordinales, mais dans cette affaire, on touche à la vie personnelle de l’avocat. On se renseigne sur ses enfants pour pratiquer l’intimidation, changer le comportement professionnel du conseil et la contraindre à suivre son dossier. »
Le substitut du procureur, Quentin Larroque, a requis cinq mois de prison avec sursis et un stage de citoyenneté. Il a rappelé : « S’en prendre à un avocat, c’est s’en prendre à l’œuvre de justice. Le prévenu pense qu’il sait mieux ce qu’il convient de faire dans son dossier mal embarqué. Afin d’obtenir gain de cause, il pratique l’intimidation en évoquant les enfants de son conseil. Le lien de confiance est rompu. Il menace de revenir et de montrer “qui il était”. C’est une attitude inquiétante qui traduit une tendance actuelle. »
Le tribunal a finalement condamné Vincent R. à deux mois de prison avec sursis et à un stage de citoyenneté, afin de « réfléchir à l’attitude à avoir avec les institutions. »



