Lisa Brinkworth saisit la CEDH après le classement pour prescription
Lisa Brinkworth saisit la CEDH après le classement

Déposée le 24 juin par William Bourdon et Colomba Grossi, la requête de Lisa Brinkworth est en cours d'examen à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). La journaliste britannique demande à la juridiction de condamner la France pour l'absence d'investigations sur Gérald Marie, ancien directeur de l'agence Elite, qu'elle accuse d'agression sexuelle et de liens avec Jeffrey Epstein.

Depuis 2020, Lisa Brinkworth se bat pour que la justice française se penche sur son dossier. Sa plainte initiale, déposée la même année, avait été suivie par les dénonciations d'autres femmes, déclenchant une enquête pour viols et agressions sexuelles. Mais les investigations ont été classées en 2023 pour prescription. Déboutée en France par la cour d'appel, puis par la Cour de cassation, Lisa Brinkworth se tourne désormais vers la CEDH, après avoir épuisé les voies de recours internes.

Une « urgence » face à la disparition des protagonistes

Cette saisine intervient alors que plusieurs femmes demandent au parquet de Paris d'enquêter sur Gérald Marie, dans le cadre des investigations sur l'entourage de Jeffrey Epstein. « Il est établi qu'il existait une association entre Gérald Marie et Jeffrey Epstein », estime Lisa Brinkworth. « Ce lien mérite d'être examiné. »

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Pour elle, enquêter sur Gérald Marie constitue « une véritable urgence ». Il apparaît comme « le dernier protagoniste majeur encore en vie », après la découverte, le 20 juillet en banlieue parisienne, du corps de Daniel Siad, recruteur de mannequins soupçonné d'avoir été un rabatteur présumé de femmes pour Epstein et d'autres hommes.

La défense de Gérald Marie

L'avocate de Gérald Marie, Céline Bekerman, a réagi auprès de l'AFP. « La disparition des uns ne saurait faire de Gérald Marie le coupable désigné des autres », s'est-elle insurgée. « La justice ne se rend ni contre une époque, ni contre un milieu, ni contre un symbole. Elle se rend à l'égard d'un homme, sur des faits précis. »

Concernant Jeffrey Epstein, « l'allégation » d'une association avec son client est « inconsistante », selon elle. Dans les « Epstein files », « son nom n'apparaît qu'au détour de deux courriels », relève Me Bekerman. Par ailleurs, Gérald Marie « n'entretenait pas de relation particulière avec Daniel Siad » et « conteste formellement les accusations ».

Une prescription contestée par Lisa Brinkworth

Lisa Brinkworth affirme avoir été agressée sexuellement par Gérald Marie en 1988, alors qu'elle travaillait pour la BBC sous couverture pour un documentaire sur le milieu du mannequinat. Dans un club milanais, Gérald Marie l'a « chevauchée, en lui enfonçant son sexe en érection dans le bas du ventre ». « J'ai vraiment cru que j'allais me faire violer. Je criais pour lui demander d'arrêter », confie-t-elle à l'AFP.

Dans sa requête à la CEDH, la journaliste explique que la prescription doit être calculée différemment, car elle a été empêchée de révéler les faits. La BBC l'a incitée à « ne pas porter plainte » afin « de ne pas mettre en péril » le documentaire auquel elle a participé et lui a « fait savoir qu'une telle dénonciation compromettrait gravement son emploi ». Après la diffusion du documentaire, en novembre 1999, Elite Models a poursuivi la BBC pour diffamation. Un accord de confidentialité a été conclu. « Cet accord m'a réduite au silence », déplore Lisa Brinkworth, qui réclame à la BBC les images tournées.

La réponse de la BBC et la contre-attaque judiciaire

Le média britannique a expliqué à l'AFP avoir « déjà fourni des documents aux autorités françaises afin d'aider Lisa Brinkworth dans ses démarches ». « Les enquêteurs nous ont assuré qu'ils disposaient actuellement de tout ce dont ils avaient besoin », affirme la BBC.

De son côté, Gérald Marie conteste « avec la plus grande fermeté » toute agression. Par ailleurs, l'examen, par la justice anglaise, des images tournées dans le cadre de la procédure en diffamation a notamment conclu à des « montages » et une « ligne éditoriale trompeuse ». Me Bekerman « s'étonne » par ailleurs que « sur 300 heures de rushs, aucune image ne corrobore la prétendue agression ».

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Un recours long mais une détermination intacte

Les recours devant la CEDH peuvent prendre plusieurs années, mais Lisa Brinkworth n'est « pas fatiguée ». « Je ne le serai jamais, nous sommes à un moment charnière », veut-elle croire.