Six ans après l'explosion dévastatrice du port de Beyrouth, le Liban commémore ce mardi 4 août une tragédie qui a marqué durablement le pays. Alors que les familles des victimes réclament toujours justice, le récent rapport d'instruction, qui vise 70 personnes, relance l'espoir de voir enfin les responsabilités établies. Le président Joseph Aoun a appelé à la publication de l'acte d'accusation, une étape cruciale pour la procédure judiciaire.
Un drame qui a bouleversé la capitale
Le 4 août 2020, une gigantesque explosion ravage le port de Beyrouth, détruisant de vastes quartiers de la capitale libanaise. Le bilan est lourd : plus de 235 morts et plus de 6 500 blessés. Selon l'enquête, la catastrophe aurait été provoquée par la combustion de centaines de tonnes de nitrate d'ammonium stockées dans le port. Depuis, les investigations pour déterminer les circonstances de la présence de ces produits chimiques et établir les responsabilités se sont heurtées à de nombreux blocages. Pendant des années, des responsables judiciaires et d'anciens ministres ont multiplié les recours contre les magistrats en charge du dossier, paralysant la procédure sous l'effet d'ingérences politiques.
L'attente insupportable des familles
Pour les proches des victimes, l'attente est devenue insupportable. Paul Naggear, dont la fille Alexandra, âgée de trois ans, a péri dans l'explosion, exprime sa douleur : "Dans des pays normaux, nous en aurions fini depuis longtemps et nous serions passés à une autre étape de nos vies, avec le droit de faire notre deuil. Tant qu'il n'y a pas de justice, sa vie n'a aucune valeur." Ces paroles, rapportées par Reuters, illustrent le sentiment d'abandon ressenti par les familles.
Une relance de l'enquête en 2025
Un tournant intervient au début de l'année 2025 avec l'entrée en fonctions du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam. Tous deux promettent que les responsabilités seront établies. Peu après, le juge d'instruction Tarek Bitar reprend son enquête et remet, fin mars 2026, son rapport d'instruction au parquet. Selon un haut responsable judiciaire libanais informé du dossier, qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat auprès de Reuters, ce rapport comporte des accusations visant 70 personnes pour diverses infractions liées à l'explosion. Après la réponse du parquet, Tarek Bitar préparera un acte d'accusation public mentionnant les personnes poursuivies, ouvrant ainsi la voie à la procédure de jugement.
Le président exige la publication de l'acte d'accusation
À l'occasion de ce sixième anniversaire, le président Joseph Aoun a appelé le juge d'instruction à publier cet acte d'accusation, estimant qu'il s'agissait désormais d'"une nécessité qui ne souffre plus aucun délai supplémentaire". Il a également exhorté le pouvoir judiciaire à "prouver son indépendance et sa capacité à rendre justice aux victimes". Dans un communiqué publié lundi, le chef de l'État a rendu hommage aux victimes de cette "tragédie" qui a "changé le visage de Beyrouth" et laissé une blessure toujours ouverte. "En ce jour, chaque année, tout le Liban se tient devant une blessure qui n'a pas guéri et une mémoire qui ne s'est pas éteinte", a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d'aboutir à "la vérité, la justice et la reddition des comptes".
Le ministre de la Justice rend hommage
Ce mardi matin, le ministre de la Justice, Adel Nassar, a honoré les victimes en déposant une gerbe sur le mémorial érigé dans le port. "L'État et la justice permettent à ce dossier d'aller jusqu'au bout. C'est une nécessité pour les proches des victimes, pour les victimes elles-mêmes, pour toutes les personnes touchées et pour le peuple libanais", a-t-il affirmé, avant d'ajouter : "Nous ne pouvons pas dire qu'il existe une justice au Liban si nous restons silencieux face à une catastrophe aussi majeure que l'explosion du port de Beyrouth." Ces déclarations montrent une volonté politique de faire aboutir ce dossier, mais les familles attendent des actes concrets.



