Israël : la Cour suprême suspend la loi gelant les arrestations de soldats ultraorthodoxes
Israël : Cour suprême suspend loi sur déserteurs ultraorthodoxes

La Cour suprême israélienne a suspendu mardi une loi controversée qui gelait les procédures d'arrestation des soldats ultraorthodoxes refusant de servir dans l'armée. Cette décision, prise à la majorité des juges, remet en cause un texte adopté en juin dernier par la Knesset, le Parlement israélien, qui visait à apaiser les tensions entre l'État et la communauté haredie.

Une loi contestée dès son adoption

La loi, surnommée "loi sur l'égalité des charges", avait été votée en juin 2026 après des mois de débats houleux. Elle prévoyait de geler toute arrestation de soldats ultraorthodoxes qui refusaient de se présenter à leur service militaire, une pratique courante dans cette communauté qui considère l'étude de la Torah comme une priorité absolue. Selon des chiffres officiels, environ 12 000 jeunes haredim sont concernés chaque année par des procédures disciplinaires pour désertion.

Le texte avait été critiqué par l'opposition et des associations de défense des droits de l'homme, qui y voyaient une brèche dans le principe d'égalité devant la loi. "C'est une atteinte grave à la sécurité nationale et à la cohésion sociale", avait déclaré le député Yair Lapid, chef de l'opposition, lors des débats.

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La décision de la Cour suprême

La Cour suprême a estimé que la loi violait le principe d'égalité et la liberté individuelle. Dans son arrêt, elle a ordonné la suspension immédiate de la loi jusqu'à un examen plus approfondi. "Cette loi crée une discrimination injustifiée entre les citoyens", a écrit le président de la Cour, le juge Uzi Vogelman, dans la décision. La suspension est valable jusqu'à ce que la Cour se prononce sur le fond, dans un délai de six mois.

Le gouvernement de Benjamin Netanyahu a réagi avec déception. "Nous respectons la décision de la Cour, mais nous croyons que cette loi était nécessaire pour préserver l'unité nationale", a déclaré un porte-parole du Premier ministre. La communauté ultraorthodoxe a exprimé sa colère, qualifiant la décision de "déclaration de guerre contre la Torah".

Impact sur la société israélienne

Cette suspension relance le débat sur le service militaire obligatoire en Israël, qui dure depuis la création de l'État en 1948. Les ultraorthodoxes, qui représentent environ 13 % de la population, bénéficient d'exemptions historiques, mais ces privilèges sont de plus en plus contestés. Selon un sondage réalisé en 2025, 68 % des Israéliens juifs estiment que les haredim doivent servir dans l'armée.

La décision de la Cour suprême pourrait avoir des répercussions politiques majeures. Le gouvernement de coalition, qui dépend du soutien des partis ultraorthodoxes, pourrait être fragilisé. "C'est un test pour la démocratie israélienne", a commenté le professeur Avraham Diskin, politologue à l'Université hébraïque de Jérusalem. "La Cour suprême rappelle que nul n'est au-dessus de la loi, même pas les intérêts politiques."

Prochaines étapes

La Cour suprême examinera le fond de l'affaire dans les prochains mois. En attendant, les arrestations de déserteurs ultraorthodoxes reprennent, ce qui pourrait provoquer des tensions dans les rues de Jérusalem et de Tel-Aviv. Des manifestations sont déjà annoncées par des groupes haredim. Le gouvernement pourrait tenter de faire adopter une nouvelle loi pour contourner la décision, mais il risque de se heurter à une nouvelle opposition judiciaire.

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