Le 6 novembre 2022, un quinquagénaire est grièvement blessé par balles à Bellegarde, dans le Gard. Cet épicier, qui se présente comme la victime, affirme que cette agression s’inscrit dans le cadre d’un conflit avec sa femme. Poursuivi pour dénonciation calomnieuse, le commerçant est condamné à 4 ans de prison.
Une machination soigneusement orchestrée
Frédéric C., l’épicier de Bellegarde, avait demandé à une de ses connaissances de lui tirer dessus. Touché à l’épaule et au genou, le quinquagénaire est grièvement blessé dans la soirée du 6 décembre 2022. Entendu par les gendarmes, le blessé (45 jours d’ITT) laisse entendre que cette violente agression par arme à feu s’inscrit dans le cadre d’un conflit avec sa femme et mère de ses deux enfants. Il déclare que la mère de famille est sous l’emprise d’un homme emprisonné à Marseille, rencontré sur Snapchat.
L’enquête longue et minutieuse menée par les gendarmes a révélé que l’épicier avait menti et organisé sa propre agression. Poursuivi pour dénonciation calomnieuse, Frédéric, âgé de 50 ans, vit aujourd’hui en région parisienne. Il ne s’est pas présenté devant le tribunal correctionnel de Nîmes où il était jugé ce mardi et était défendu par Me Anouck Gasnot. Dans un courrier adressé au tribunal, il a fini par reconnaître être l’auteur de cette machination qui a éreinté son ex-compagne.
Le tireur témoigne
L’auteur des coups de feu, lui, était bien présent à l’audience et était défendu par Me Charlène Moussavou. “Il m’avait proposé 2 000 € (1 500 € en avance) pour impliquer Madame”, confirme cet homme âgé de 32 ans poursuivi pour violence avec arme. “Il m’en a parlé avant la vente de son bar à Arles. Je n’étais pas d’accord mais il m’a mis la pression pour que je lui tire dessus. Il m’a raconté sa vie. Il était en conflit avec sa femme. Pour moi, c’était un ami. Et après, il passait son temps à m’appeler. Il me disait que des gens voulaient s’en prendre à moi. Quand les gendarmes m’ont arrêté, cela m’a soulagé. Et j’ai pensé à sa femme.”
Un homme jaloux et manipulateur
Frédéric, l’auteur de cette machination, est un homme “excessivement jaloux”, a témoigné ce mardi son ex-femme, qui avait un salon de coiffure et avait investi dans ce bar à Arles. Il voulait quitter le Gard, s’installer en région parisienne et exigeait que sa femme, avec qui il était en conflit, le rejoigne avec les deux enfants. Frédéric a fini par monter ce scénario et a accusé sa femme d’avoir commandité son agression.
“Monsieur était désireux de nuire à sa compagne… Il parle de son agression à tout le monde… Et quand il s’aperçoit que son stratagème ne marche pas, il la menace. Pour elle, se défendre de fausses accusations a été extrêmement difficile. Cette enquête précise menée par les gendarmes a permis de le mettre hors de cause”, décrit le procureur Stéphane Bertrand.
Des menaces constantes
Après l’épisode des coups de feu à Bellegarde, le couple continue, plus ou moins, à se côtoyer. Frédéric alterne les promesses et les menaces. Il promet “la belle vie” à sa femme puis lui annonce qu’il “la détruira”, qu’elle ira en prison. “Il me disait : c’est toi qui m’as tiré dessus… On verra qui va gagner, témoigne son ex-femme. Je lui demandais pourquoi il m’avait salie… Aujourd’hui, j’aimerais qu’il n’ait plus de contact avec moi”, demande cette maman de deux enfants âgés de 13 ans et 7 ans.
“Il a fallu tout ce travail considérable pour démontrer qu’elle était accusée à tort, rappelle Me Alexis Fages, l’avocat de la mère de famille. C’étaient des accusations fausses et absurdes pour s’approprier l’argent du couple. Une pression constante, une obsession. Il s’était rendu à l’école pour affirmer que sa femme s’était radicalisée.”
Les condamnations
Le procureur a requis 4 ans de prison et un mandat d’amener à l’encontre de Frédéric poursuivi pour dénonciation calomnieuse. Il a aussi requis 2 ans de prison dont la moitié assortie d’un sursis à l’encontre du tireur et a proposé que la partie ferme de la peine soit exécutée sous la forme d’un bracelet électronique. Frédéric est condamné à 4 ans de prison et 20 000 € d’amende. Un mandat d’arrêt est délivré. L’auteur des coups de feu est condamné à 2 ans de prison dont 1 an assorti d’un sursis. La partie ferme de la peine sera aménagée et exécutée sous bracelet électronique.



