Une décision inédite vient d'être rendue dans l'affaire dite « French Bukkake », le premier grand procès du porno amateur. La cour d'appel de Paris a décidé que les accusés seront jugés devant une cour d'assises, retenant le proxénétisme ainsi que les circonstances aggravantes de sexisme et de racisme pour les multiples viols dénoncés lors des tournages de cette plateforme pornographique.
Un parcours judiciaire abouti
Cette décision, prise le 28 mai mais dont les motivations ont été communiquées aux parties cette semaine, est l'aboutissement d'un long parcours judiciaire commencé en 2023. Les plaignantes ont multiplié les recours pour que les accusés comparaissent devant une cour d'assises, et non une cour criminelle, où les peines encourues sont moins lourdes.
Sérialité, sexisme et racisme retenus
Plusieurs circonstances aggravent les soupçons de viols pesant sur les seize accusés, qu'ils soient producteurs ou acteurs. La chambre de l'instruction a retenu l'argument de sérialité pour les viols commis entre 2015 et 2017. Pour ceux datant de la période 2017-2020, elle a également retenu le sexisme et le racisme. C'est « l'ajout d'une de ces deux circonstances au crime de viol aggravé » qui « porte la peine encourue de 20 à 30 ans de réclusion criminelle » et mène les accusés aux assises, explique la cour d'appel.
Concernant le sexisme, il est reproché le viol d'une cinquantaine de femmes en les traitant comme des « objets sexuels », niant ainsi leur « humanité ». Cette analyse tranche avec une précédente décision. En février 2025, la cour d'appel avait estimé que les propos « vide-couilles » ou « salope » étaient « délibérément outrés » et non réellement destinés aux « jeunes actrices, mais au spectateur », participant à une « œuvre de l'esprit ». La Cour de cassation a censuré cet arrêt en mai 2025.
La cour d'appel a donc balayé « la finalité prétendument artistique » de ces films, soulignant que rien ne prouvait que « les actrices auraient consenti à ce que de tels propos soient tenus ». Même raisonnement pour les propos racistes visant à « instrumentaliser » l'origine « géographique » des femmes à « des fins sexuelles ».
Proxénétisme aggravé
Pendant l'instruction, les parties civiles ont demandé aux juges de retenir le proxénétisme, estimant que « la pornographie n'est autre chose que de la prostitution filmée, diffusée massivement au grand public ». « Un tournage pornographique ne peut être juridiquement qualifié de relation prostitutionnelle », avaient opposé les magistrates, à l'été 2023. Seul un dirigeant de la plateforme, Pascal OP, avait alors été renvoyé pour proxénétisme aggravé, pour avoir permis à des clients de participer à des vidéos.
Trois ans plus tard, la cour d'appel rappelle que si le proxénétisme est interdit en France, la pornographie ne l'est pas. Mais elle souligne que le proxénétisme vise toute personne qui « tire profit ou s'enrichit, en violation de l'ensemble des règles qui régissent le tournage de films pornographiques, de la participation payante de tiers à des activités sexuelles filmées et de la vente de vidéos ainsi réalisées ». Elle renvoie ainsi Pascal OP, son associé Mat Hadix, le rabatteur présumé Julien D., un cameraman et un logisticien pour ce chef d'accusation.
La torture écartée
Des parties civiles dénoncent des viols avec torture. À l'instar de Fanny (prénom modifié), qui dit avoir subi, en 2015, « une double pénétration vaginale sans en être informée ». « J'ai saigné. J'ai repoussé, pleuré […] mais on m'a tenue plus fort », témoignait-elle auprès de l'AFP.
La torture a toutefois été écartée en février 2025 : la cour d'appel considère qu'il y avait bien eu des actes sexuels « douloureux », mais pas de « blessure distincte délibérément infligée ». Cette conclusion n'a pas été interrogée par la Cour de cassation. Ce qui est « désolant », déplore Seydi Ba, l'avocat de Fanny, qui compte porter la question aux assises.



