Alors que le projet de loi sur la fin de vie arrive dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, l'Église catholique dresse un constat amer de son influence dans le débat public. Dans un document interne consulté par Libération, les évêques reconnaissent que leurs arguments n'ont pas réussi à convaincre, ni les parlementaires, ni les fidèles eux-mêmes.
Un constat d'échec
Le texte, intitulé « Éléments de réflexion sur la fin de vie », a été rédigé par le Conseil pour les questions de bioéthique de la Conférence des évêques de France. Il y est écrit : « Force est de constater que notre parole n'a pas été entendue comme nous l'aurions souhaité. » Les évêques estiment que leur position, pourtant fondée sur des valeurs humanistes et la dignité de la personne, n'a pas réussi à s'imposer face à une opinion publique majoritairement favorable à une évolution législative.
Selon un sondage Ifop réalisé en juin 2025, 72% des Français se déclarent favorables à l'aide active à mourir pour les personnes atteintes de maladies incurables. Ce chiffre atteint 65% chez les catholiques pratiquants, ce qui montre un décalage entre la doctrine de l'Église et les convictions des fidèles.
Des divisions internes
Le document des évêques pointe également des divergences au sein même de l'Église. « Certains de nos frères et sœurs dans la foi estiment que l'accompagnement des mourants doit évoluer, et que la loi peut être un cadre protecteur », reconnaît le texte. Cette division fragilise la position officielle de l'Église, qui s'oppose fermement à toute légalisation de l'euthanasie ou du suicide assisté.
Mgr Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes et président du groupe de travail sur la fin de vie, a déclaré : « Nous devons accepter que notre discours n'est plus dominant. L'Église doit apprendre à dialoguer dans une société pluraliste, sans chercher à imposer sa vision. »
Une stratégie de communication inefficace
Les évêques reconnaissent que leur stratégie de communication a été mal adaptée. Ils ont privilégié des arguments religieux et moraux, alors que le débat public s'est concentré sur des aspects pratiques et juridiques. « Nous avons parlé de la vie comme don de Dieu, mais les gens attendaient des réponses sur la souffrance et la liberté de choix », analyse le document.
L'Église envisage désormais de changer d'approche. Elle souhaite mettre l'accent sur les soins palliatifs et l'accompagnement des personnes en fin de vie, domaines où elle dispose d'une expertise reconnue. « Nous devons montrer que notre opposition ne signifie pas un abandon, mais un engagement pour une autre voie, celle de l'accompagnement jusqu'au bout », explique Mgr d'Ornellas.
Un avenir incertain
Le projet de loi sur la fin de vie, qui sera examiné à partir du 15 septembre 2025, prévoit l'ouverture d'une aide active à mourir sous conditions strictes. Si le texte est adopté, la France rejoindra les pays comme la Belgique, les Pays-Bas ou l'Espagne. L'Église sait qu'elle ne pourra pas empêcher cette évolution, mais elle espère peser sur les modalités d'application.
« Nous ne gagnerons pas cette bataille législative, mais nous pouvons encore influencer les consciences », conclut le document. Un aveu d'impuissance qui marque un tournant dans la relation entre l'Église catholique et la société française.



