« J'ai arrêté de compter à 487 hommes. » C'est par ces mots que Laetitia R. a décrit vendredi 22 mai, à la cour d'assises des Alpes-de-Haute-Provence à Digne-les-Bains, le calvaire qu'elle a subi pendant sept années. Cette mère de famille de 42 ans a raconté le basculement dans la prostitution forcée après sa rencontre avec Guillaume B. en 2015. Cet ancien directeur d'agence bancaire de Manosque, âgé de 51 ans, est jugé depuis le début de la semaine pour viols aggravés, actes de torture et de barbarie, et proxénétisme.
Une emprise psychologique dès le départ
À la barre, Laetitia R. a expliqué comment son compagnon a instauré une « emprise psychologique » dès le début de leur relation. Il lui a proposé de l'initier au sadomasochisme. « J'imaginais des fessées, être attachée. Il m'avait dit que si ça ne me plaisait pas, on arrêterait », a-t-elle déclaré. Mais les pratiques ont rapidement dégénéré : entailles, brûlures, étranglements, humiliations sexuelles, scatophilie. « C'était des coups de poing et des coups de pied quand je refusais quelque chose », a-t-elle décrit en sanglots. Aujourd'hui, elle est handicapée entre 50 et 80 %.
Le basculement vers la prostitution forcée
Le réveillon de Noël 2015 a marqué un tournant. Guillaume B. lui a demandé de se rendre sur une aire d'autoroute pour « s'offrir à des inconnus » pendant qu'il écoutait la scène au téléphone. Les demandes se sont multipliées. Il lui a imposé de monnayer ces rapports sexuels auprès d'amis, de collègues et d'inconnus. « Il m'a forcée à dresser une liste », a-t-elle expliqué. « J'ai arrêté de compter à 487 hommes, certains que j'avais vu jusqu'à dix fois. » Dans un message à une amie datant de 2016, elle écrivait : « Il m'a fait faire la pute », tout en avouant qu'elle devrait le quitter sans en avoir la force.
Un contrôle total et des menaces de mort
Selon l'accusation, Guillaume B. récupérait la moitié des gains « tous les lundis, dans une enveloppe » et décidait de l'utilisation de l'autre moitié. Les témoins ont raconté qu'il contrôlait chaque aspect de la vie de Laetitia, lui interdisant même d'aller aux toilettes ou de regarder son téléphone sans permission. Laetitia a affirmé vivre « dans la peur permanente », redoutant la diffusion d'enregistrements intimes si elle le quittait. Des échanges lus à l'audience montrent l'accusé menaçant de « la tuer ». C'est une amie de la plaignante qui a alerté la police en 2022, entraînant l'arrestation de Guillaume B.
Les traits pervers et sadiques de l'accusé
Guillaume B., décrit par les experts comme « intelligent » mais présentant des traits « pervers » et « sadiques », a reconnu avoir été « omniprésent, omnipotent et égocentrique ». Il a confirmé avoir organisé des « surprises en invitant des hommes à coucher avec elle sans l'en avoir informée ». Cependant, il se défend d'être « un monstre », affirmant que sa compagne « pouvait dire non ». Laetitia a répliqué : « Qu'il arrête de se cacher derrière le sadomasochisme. C'étaient des violences pures et dures. »
Les réquisitions sont attendues vendredi et le verdict probablement samedi. Ce procès met en lumière l'horreur de la prostitution forcée et de l'emprise psychologique, rappelant l'importance de la protection des victimes de violences conjugales.



