Grève des avocats à Béziers pour défendre la justice criminelle
Les avocats du barreau de Béziers ont décidé de se mettre en grève des plaidoiries jusqu'au 12 avril 2026. Ce mouvement de protestation vise à s'opposer fermement à la mise en place de la réforme de la loi dite "Sure", qui doit être votée devant le Sénat le 13 avril. Cette action collective se traduira par une journée "Justice morte" à Béziers, marquant un arrêt complet des audiences judiciaires.
Une mobilisation nationale contre une réforme controversée
Le barreau de Béziers rejoint le mouvement national de grève initié par la conférence des bâtonniers, qui débute ce jeudi 2 avril et se poursuivra jusqu'au 13 avril. Durant cette période, seules les gardes à vue seront assurées, tandis que toutes les autres activités judiciaires seront suspendues. Me Sylvie Bar, bâtonnière et présidente de l'audience du tribunal de Béziers, a expliqué les raisons de cette mobilisation.
"Nous sommes sûrs de ne pas vouloir aller où la justice veut nous amener", a-t-elle déclaré. "Aujourd'hui, avec cette réforme, c'est toute la colonne vertébrale de la justice qui est menacée. Demain, il n'y aura plus de cour d'assises, peut-être n'aurons-nous plus à plaider. C'est un pan entier de la procédure pénale qui va tomber."
Les inquiétudes concernant les droits des victimes
Les avocats dénoncent particulièrement l'introduction d'une procédure de "plaider coupable criminel", qui permettrait à un accusé de reconnaître les faits et d'accepter la qualification pénale sans débat public. Selon eux, ce mécanisme remet en cause les fondements du procès pénal criminel.
"Nous déplorons un texte qui, sous couvert de célérité et d'efficacité, remet en cause les fondements même du procès pénal criminel", affirment-ils. "Nous nous opposons à l'introduction du plaider coupable basé sur l'aveu de l'accusé, sans débat public sur la preuve, la personnalité et la peine, sans expert, sans témoin et sans possibilité pour la victime de s'exprimer avant l'audience d'homologation. Nous dénonçons une atteinte aux droits des victimes."
Ils estiment que cette réforme est incompatible avec les exigences des droits de la défense et du procès équitable, et appellent le législateur à renoncer à ce projet.
Les objectifs de la réforme et ses conséquences
Le projet de loi vise principalement à réduire les délais de procédure en permettant une gestion plus efficace des flux pour absorber les dossiers criminels en souffrance. Pour y parvenir, plusieurs mesures sont prévues :
- Mise en place d'un plaider coupable criminel si l'accusé reconnaît les faits.
- Compétence des cours criminelles départementales en appel et en cas de récidive.
- Possibilité de tenir des audiences dans des tribunaux qui ne sont pas des sièges de cour d'assises.
- Réduction drastique du délai pour soulever une nullité devant la chambre de l'instruction.
- Réduction du délai butoir pour déposer des irrégularités de procédures à seulement cinq jours ouvrables, sous peine d'irrecevabilité.
Les avocats exigent l'ouverture d'une concertation loyale et approfondie pour construire une justice pénale respectueuse de l'état de droit, mettant en avant la nécessité de protéger à la fois les droits des victimes et les principes fondamentaux de la justice.



