Les analyses ADN ont confirmé ce dimanche que les ossements découverts dans le Tarn sont bien ceux de Delphine Jubillar, infirmière disparue en décembre 2020. Cette révélation donne un poids nouveau au témoignage de Jennifer C., qui a partagé la vie du peintre plaquiste entre 2021 et 2025. À l'époque, Cédric Jubillar criait au mensonge, mais aujourd'hui, ses confidences résonnent avec une précision troublante.
Un témoignage qui prend une tournure saisissante
Jennifer C. avait raconté à la télévision comme à la barre de la cour d'assises que son compagnon d'alors lui avait avoué avoir tué Delphine et avoir déposé sa dépouille à « 15 minutes ou 15 kilomètres » du domicile conjugal. « Il me dit qu'il reste que les os, il me dit qu'elle est dans une ferme, dans un champ, qu'il n'a pas eu à faire de trou, qu'elle est recouverte de quelque chose », détaillait-elle à l'antenne de BFM. La découverte jeudi de deux fémurs en lisière d'un bois à Mailhoc, formellement identifiés par l'ADN ce dimanche, est venue valider la crédibilité de son récit.
Un acte « prémédité » ?
Au-delà de la localisation du corps, c'est sur l'intentionnalité que ce témoignage pourrait faire débat. Sur RTL, Jennifer C. affirmait que Cédric Jubillar lui avait confessé un acte « prémédité », expliquant avoir sciemment choisi la soirée de la finale d'une émission de télévision pour se bâtir un alibi. À l'inverse, depuis ses récents aveux, le peintre plaquiste cherche à accréditer la thèse d'une dispute qui a dérapé, évoquant un « passage à l'acte irréfléchi » lors d'un « débordement émotionnel très fort ».
Pour Jacques Dallest, magistrat honoraire, ancien procureur de la République à Marseille et procureur général près la cour d'appel de Grenoble, la stratégie de la défense est limpide : « “Une dispute qui a mal tourné”, c'est ce qu'on appelle des coups mortels et la peine encourue n'est plus que de vingt ans. À mon avis, ses avocats vont plaider ça. »
« C'est la même peine, la perpétuité »
Quant à la thèse de l'assassinat portée par les révélations de l'ex-compagne, le magistrat tempère la portée juridique d'un témoignage unique. « Pour l'instant, le chef d'accusation c'est meurtre. Meurtre sur conjoint ou assassinat, c'est la même peine, c'est la perpétuité. Mais c'est un élément à prendre en considération qui sera sûrement évoqué durant le procès. Simplement, cela ne résulte que d'une déclaration d'un témoin. La préméditation, c'est souvent difficile à établir. »
Alors que les avocats de la défense et des parties civiles jugent « impossible » la tenue du procès en appel le 21 septembre prochain à Toulouse, Jacques Dallest livre une tout autre analyse. « Tout dépendra du souhait de la présidente de la cour d'assises qui a ordonné le supplément d'information compte tenu des aveux de Cédric Jubillar. Contrairement à ce que certains pensent, on ne rouvre pas l'instruction. Je pense que le procès pourra reprendre le 21 septembre. L'instruction a eu lieu, il a changé de version, toutes les expertises psychiatriques ont été faites. Je ne vois pas pourquoi on repartirait dans des auditions de témoins, une reconstitution, etc. »
Des témoins réentendus
Pour ce spécialiste du droit pénal, la brièveté des constatations matérielles limite les actes à accomplir. « On a retrouvé deux fémurs, c'est tout. J'ai l'impression qu'on ne retrouvera rien d'autre, pas même le crâne. Les recherches ont été clôturées. Et les analyses des restes ne permettront sans doute pas de connaître les causes de la mort. Tout reposera sur ses explications. »
Jennifer C. sera vraisemblablement réentendue pendant le procès en appel. « Les témoins entendus lors du premier procès seront reconvoqués pour le second. Pendant les débats, Cédric Jubillar sera largement questionné sur ce qui s'est passé réellement, et sur une éventuelle préméditation… qu'il ne reconnaîtra pas », s'avance le magistrat honoraire.



