L'affaire Ghislaine Grivart de Kerstrat pourrait-elle connaître un nouveau rebondissement ? Ce mercredi 2 février 2022, la Chambre de l'instruction examinait en appel l'ordonnance de non-lieu prononcée le 7 mai 2021, qui écartait la complicité du frère de Didier Buret, désigné comme l'auteur du viol et du meurtre de cette jeune Villeneuvoise.
Des faits remontant à 1994
Les faits se sont déroulés le 26 mai 1994. Ghislaine Grivart de Kerstrat, âgée de 19 ans, faisait du stop sur la commune de Monsempron-Libos. Selon des témoins, une camionnette blanche s'est arrêtée et l'a embarquée. Le 2 juillet 1994, son corps a été retrouvé dans un fossé sur la commune de Montaut, une ceinture autour du cou. Il a fallu attendre près de vingt ans pour confondre, grâce aux analyses ADN, le principal suspect : Didier Buret.
La thèse de la complicité
Mais Didier Buret a-t-il agi seul ? « La présence de deux individus est très hautement probable », avance Corinne Chateigner pour le ministère public. En 2015, les gendarmes partagent ce doute. Leurs soupçons se portent sur l'un des frères du meurtrier, Éric Buret, qui aurait été l'instrument de Didier Buret à de nombreuses reprises. Les deux frères avaient pour habitude d'agresser sexuellement ensemble leurs victimes, notamment leur sœur et leur cousine.
« Éric accompagnait son frère lors des tournées avec son fourgon. Cet homme doit être interrogé de manière beaucoup plus circonstanciée. On doit aller le chercher », plaide Me Martial, avocat de la famille Grivart de Kerstrat, pointant les défaillances de l'enquête. « Les investigations se sont déroulées dans des conditions approximatives. L'appel à témoins a été publié plus de deux ans après la découverte du corps... Il y a des scellés qui ont été maltraités, des scellés sur lesquels il y a peut-être encore du travail à faire. »
Des analyses ADN contradictoires
Les regards se tournent aussi vers les expertises ADN. Dans un premier temps, un ADN différent de celui de Didier Buret est apparu, mais avec des éléments d'un patrimoine génétique commun. Cela a renforcé l'idée que le frère a pu jouer un rôle dans le crime. Éric Buret, qui nie toute implication, a été mis en examen en septembre 2015 pour complicité d'enlèvement avec torture et acte de barbarie, puis placé sous contrôle judiciaire. Cependant, de nouvelles analyses réalisées par un autre laboratoire ont contredit cette hypothèse, indiquant que le deuxième ADN ne correspondait ni à Didier Buret ni à son frère Éric.
Me Martial regrette ces changements de laboratoire. Il s'étonne que le travail d'analyse génétique n'ait pas été confié à nouveau au professeur initialement en charge de l'expertise. « Pourquoi l'avoir donné à un institut qui nous répond par rapport aux prélèvements réalisés sur Frédéric Buret, le plus petit des frères Buret, qui avait 9 ans au moment des faits ? Moi, celui qui m'intéresse, c'est Éric Buret. »
La chambre de l'instruction rendra sa décision le 2 mars 2022.



