Giulia Foïs puise dans la librairie Les Parleuses pour son premier roman
Giulia Foïs : son premier roman inspiré des Parleuses

Autrice de trois essais, Giulia Foïs est chez Les Parleuses à Nice ce mercredi pour présenter son premier roman Les filles de la librairie. Sous le soleil niçois, la journaliste et chroniqueuse installe son récit dans les failles de la carte postale, là où ça grince et ça grogne. Ce roman, paru chez Flammarion, s'inspire de Maud Pouyé et Anouk Aubert, fondatrices des Parleuses, librairie indépendante de la rue Defly devenue refuge et symbole en huit ans d'existence.

Un roman choral aux airs de manifeste tendre

Dans le livre, leurs doubles de papier, Maud et Malika, tiennent Les Affranchies, une librairie féministe au cœur d'une ville où cohabitent mémoire italienne, luttes queers et colères contemporaines. On y croise une journaliste en rage, un anarchiste italien en cavale, un baby-sitter fan de Taylor Swift, des femmes cabossées, un prof de yoga déconstruit, un petit garçon muet, des mères, des hommes qui apprennent. Chronique sociale, roman choral à la Armistead Maupin, manifeste tendre : le livre refuse les cases, comme ses héroïnes refusent les injonctions.

De l'essai au roman

« Tout était déjà là dès notre première rencontre avec Maud et Anouk : la joie, la douleur, la rage, l'amitié et le combat féministe », raconte Giulia Foïs. Longtemps passée par la radio, notamment sur France Inter, elle s'est imposée comme l'une des voix féministes les plus écoutées. En 2020, elle publie Je suis une sur deux, récit-enquête né après les violences sexuelles qu'elle a subies. C'est à travers cet essai que Maud et Anouk rencontrent Giulia. Suivront Ce que le féminisme m'a fait (2024) et Pas tous les hommes quand même ! (2025). Les filles de la librairie marque son premier passage à la fiction, avec son écriture nerveuse, incarnée, mêlant humour, colère et tendresse.

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Une fiction infusée de réel

À l'origine, il ne s'agissait pas d'un roman. Une société de production lui commande la « bible » d'une série sur les femmes d'aujourd'hui. Il fallait un lieu pour relier les trajectoires. « La librairie est arrivée immédiatement. Parce qu'une librairie, c'est un lieu de résistance, de contestation et de libération possible. » Et avec elle, les visages d'Anouk et Maud, les libraires niçoises. « On s'est connectées sur l'écriture, mais aussi sur la douleur d'être femme dans une société patriarcale et sur la rage qu'on peut en faire. » Les deux libraires sourient en évoquant leur « transformation » romanesque. « Ce n'est jamais notre histoire exacte, mais ça nous parle partout », résume Maud. « C'est une évocation juste », ajoute l'autrice, qui revendique un mélange constant entre réel et fiction. « Les personnages existent à 70 ou 80 %. Le reste, c'est la marge que je me laisse pour inventer. »

Plus qu'un commerce, un point de ralliement politique

Dans le roman comme dans la vraie vie, la librairie devient un point de ralliement. Un endroit où l'on respire mieux. « Nous, au départ, on voulait juste vendre des livres et créer un espace de rencontres, racontent les libraires. On ne s'est jamais dit qu'on ouvrait un lieu militant. Mais quand on est deux femmes ensemble, ça devient vite politique malgré soi. » Au fil des années, Les Parleuses s'est mué en bien davantage qu'un commerce : un refuge pour des lecteurs inquiets de la montée de l'extrême droite, un lieu où se retrouvent militants, étudiants, voisins, insomniaques politiques et familles choisies. Anouk se souvient de la dissolution de l'Assemblée nationale à l'été 2024 : « On était en vacances. À notre retour, les gens nous attendaient devant la librairie avant même l'ouverture. Ils avaient besoin d'être ensemble. Là, je me suis dit qu'on avait réussi quelque chose. »

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Le pouvoir de l'amitié et des mots

Cette idée irrigue tout le roman : face au rouleau compresseur du monde, il reste les liens humains, les familles de cœur, les collectifs bricolés, les conversations qui tiennent debout comme des barricades miniatures. « Je crois énormément au pouvoir de l'amitié », insiste Giulia Foïs. Et en celui des livres aussi. « Les régimes autoritaires brûlent toujours les livres en premier. Une librairie, ce n'est jamais neutre. » Le roman épouse la complexité du monde sans devenir démonstratif ou manichéen. Féministe, oui, mais traversé par les questions de classe, de sexualité, de validisme ou d'héritage politique. Alternant des scènes drôles et bouleversantes.

Fin d'un chapitre et nouveau départ

Alors que le roman paraît ce mercredi 13 mai, les fondatrices des Parleuses, où le livre sera lancé à 19 h, s'apprêtent à quitter Nice pour reprendre une librairie à Vaison-la-Romaine, dans le Vaucluse. Fin d'un chapitre, pas d'une histoire. « Les Parleuses, sans les gens qui l'ont investie, ce serait juste notre salon », sourit Anouk. Dans Les filles de la librairie, Giulia Foïs écrit qu'il faut parfois des livres, des amis et quelques colères bien placées pour continuer à tenir debout. À lire ce roman, on se dit que ce n'est déjà pas si mal.

Les filles de la librairie de Giulia Foïs. 496 pages. 22 euros. Lancement ce mercredi 13 mai à 19 h aux Parleuses, rue Defly à Nice. Puis présentations le 30 mai au Festival du livre de Nice et du 2 au 4 octobre à Mouans-Sartoux.