Vendredi 17 juillet 2026, le club de plongée Lecques Aquanaut Center, basé à Saint-Cyr-sur-Mer, a emmené ses clients sur l'un de ses sites phares : l'épave du P38 Lightning, un avion américain de la Seconde Guerre mondiale abattu par les Allemands en janvier 1944. L'aéronef reposait à l'envers par 38 mètres de fond et était dans un bon état de conservation, attirant plongeurs et poissons comme des homards, des rougets ou des poissons-lunes.
Patrick Bellantonio, qui dirigeait la plongée autonome avec des clients venus du Var et des départements voisins, raconte : « C'est notre club qui a découvert l'épave en 1996, l'une des mieux conservées du coin. On y va tous les vendredis. C'est une plongée attractive que l'on propose souvent en fin de stage, comme une récompense. » Mais au retour de la palanquée, la stupeur : le P38 et son fuselage ne sont plus qu'un amas de ferrailles disloquées et éparpillées sur des dizaines de mètres. Des vidéos montrent des traînées dans le sable, suggérant une destruction par ancre marine.
Un navire de luxe pointé du doigt
« On est atterré. On ne pensait même pas que sa destruction était possible ! L'épave est indiquée sur les cartes marines mais elle se situe dans une zone de mouillage répertoriée. Le capitaine d'un bateau a dû jeter son ancre dessus, et soit il n'a pas fait attention, soit il s'en foutait… », déplore Bellantonio. La préfecture maritime de Méditerranée confirme : « L'épave est clairement indiquée et cette zone de mouillage est autorisée par arrêté préfectoral depuis longtemps. Le capitaine d'un navire en fait la demande au Cross-Med mais il lui appartient de se renseigner sur la présence de l'épave et de faire attention. »
Les regards se tournent vers l'Orient Express Corinthian, un voilier de luxe de 220 mètres sorti fin avril 2026 des chantiers navals de l'Atlantique à Saint-Nazaire. Devenu le plus grand voilier du monde, avec quatre ponts et 54 suites pour 110 passagers, il aurait coûté plus de 500 millions d'euros à ses propriétaires Accor, LVMH et Millennium. D'après les trackers de bateaux en ligne, l'Orient Express Corinthian aurait stationné au-dessus de l'épave le jeudi 16 juillet, selon le média en ligne Fréquence Sud.
Des poursuites judiciaires possibles
Patrick Bellantonio, depuis le nouveau port des Lecques, a vu le navire : « On ne pouvait pas savoir s'il était au-dessus de l'épave du P38, mais je me suis dit qu'un bateau si luxueux et récent devait être équipé d'un positionnement automatique qui permet de ne pas avoir à mouiller. Je ne m'en suis même pas inquiété. »
Dès l'alerte donnée, une équipe de plongeurs du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), basé à Marseille, s'est rendue sur place vendredi après-midi, selon la préfecture maritime. Les dégâts constatés pourraient mener à une action en justice pour « destruction de bien culturel », selon nos confrères d'Ici Provence-Alpes-Côte d'Azur. Dans la soirée, la préfecture maritime a pris un arrêté pour interdire toute plongée sur l'épave.
Pour le Lecques Aquanaut Center et les quatre autres clubs de la baie (un à Saint-Cyr et trois à La Ciotat), la destruction du P38 représente « une perte d'attractivité ». Bellantonio estime que cet incident aurait pu être évité : « On se bat depuis des années pour que les sites de plongée soient balisés par des bouées. Vers Marseille il y en a plein, idem aux Embiez, à Porquerolles ou à Port-Cros. On plonge régulièrement autour de l'île Verte qui est située dans le parc national des Calanques et il n'y a pas de bouée. Ça éviterait que certains navires y jettent l'ancre. »



