Le visage est un concentré de préjugés au travail. Une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined) publiée ce lundi 20 juillet 2026 montre que l'apparence physique, et en particulier les traits du visage, influence fortement les carrières professionnelles. Selon l'enquête, 23 % des actifs déclarent avoir subi une discrimination liée à leur physique au cours de leur vie professionnelle.
Un phénomène répandu et sous-estimé
L'étude, menée auprès de 10 000 personnes représentatives de la population active, révèle que les discriminations liées au visage sont plus fréquentes qu'on ne le pense. « Avec un physique comme ça, vous devriez faire autre chose », une phrase que 15 % des répondants ont entendue au moins une fois dans leur carrière. Les femmes sont particulièrement touchées : 28 % d'entre elles rapportent des expériences discriminatoires, contre 18 % des hommes.
Les préjugés portent sur plusieurs caractéristiques : la forme du nez, la symétrie du visage, la couleur des yeux, ou encore les cicatrices. « Les personnes ayant un visage jugé moins attractif ont 40 % de chances en moins d'être convoquées à un entretien d'embauche », explique Marie Dupont, sociologue à l'Ined et co-auteure de l'étude.
Impact sur l'embauche et la carrière
Les conséquences sont tangibles. Les personnes victimes de ces préjugés ont un salaire inférieur de 12 % en moyenne à celui de leurs collègues. Elles accèdent moins souvent à des postes à responsabilités. « C'est une forme de plafond de verre invisible », ajoute Marie Dupont. Les secteurs les plus concernés sont la vente, la restauration et les métiers de la communication, où l'apparence est valorisée.
L'étude note également que les discriminations peuvent être inconscientes. « Les recruteurs ne se rendent pas toujours compte de leurs biais », précise la sociologue. Pour y remédier, l'Ined recommande la mise en place de CV anonymes et la formation des recruteurs à la diversité des apparences.
Des solutions pour lutter contre ces préjugés
Plusieurs entreprises commencent à prendre le sujet au sérieux. Certaines ont adopté des chartes de non-discrimination incluant l'apparence physique. D'autres utilisent des logiciels de recrutement basés sur l'intelligence artificielle, qui ignorent les photos. « Mais l'IA peut aussi reproduire les biais humains si elle est mal conçue », met en garde Marie Dupont.
L'étude de l'Ined constitue un appel à la prise de conscience. « Il est temps de reconnaître que le visage est un marqueur de discrimination au même titre que le genre ou l'origine ethnique », conclut la sociologue. Les pouvoirs publics sont invités à renforcer la législation et à sensibiliser les employeurs.



