À peine quinze jours après la rentrée, trois cas de menaces de mort contre des enseignants ou surveillants, en Haute-Garonne, Gironde et Yonne, ont mis la communauté éducative en émoi. Dans l'académie de Montpellier, des faits remontant à ces derniers mois viennent étayer cette banalisation de la violence. Des enseignants menacés de mort par des élèves ou des parents d'élèves. La répétition de ces tristes faits divers fait froid dans le dos, pas seulement parce qu'elle renvoie aux atroces passages à l'acte de deux terroristes assassinant froidement Samuel Paty en 2020 et Dominique Bernard en 2023, deux professeurs d'histoire. Le film L'abandon, sorti cette année et qui retrace le manque de soutien apporté à Samuel Paty avant son exécution, a-t-il changé les regards sur cette violence devenue banale et ordinaire ?
Six mois de prison ferme pour le père menaçant
Pas celui de tous les parents, à l'évidence. Le 4 septembre, à l'école Clément-Ader du Fauga (Haute-Garonne), un parent d'élève a menacé une enseignante de décapitation pour une simple punition. Jugé six jours plus tard en comparution immédiate, l'homme a été condamné à six mois de prison ferme et incarcéré à l'issue de l'audience. Il devra également suivre un stage de citoyenneté. L'enseignante, elle, est en arrêt maladie. Deux nouveaux cas ce lundi 14 septembre, d'abord à Véron, dans une école primaire de l'Yonne, où, pour une chute soi-disant mal prise en charge, une mère de famille a agressé verbalement et mimé un geste d'égorgement à l'encontre d'une enseignante qui a déposé plainte aussitôt, ainsi que le maire de la commune. Le rectorat a placé l'enseignante sous protection fonctionnelle et interdit l'accès de l'école aux parents concernés.
100 000 agressions par an en France
Au collège Albert-Camus d'Eysines, c'est un surveillant qui a déclaré avoir été menacé de mort par un parent d'élève de 36 ans, pour une simple réprimande à sa fille, selon Sud Ouest. L'individu a été placé en garde à vue. Après seulement quinze jours de classes, cette accumulation interpelle en écho aux statistiques inquiétantes en la matière : une explosion des violences verbales et (ou) physiques contre les enseignants avec un pic à 100 000 agressions par an en 2023-24. Les incidents graves sont plus fournis en primaire, où 40 % de ces faits viennent des familles. Un décret du ministre permet désormais de changer d'établissement un enfant dont les parents auraient proféré de graves menaces contre un enseignant.
Dans l'académie de Montpellier, des violences déjà recensées
Dans l'académie de Montpellier, pas de menaces aussi graves recensées depuis la rentrée mais déjà des violences. Cyril Garcia, enseignant à Lunel et cosecrétaire départemental du Snes-Fsu, fait remonter cette agression violente d'un CPE au collège Ambrussum de Lunel : "Une agression physique de la part d'un élève déjà repéré et qui a nécessité un passage aux urgences de notre collègue pour poser des points. Le chef d'établissement a déposé plainte et l'élève passera en conseil de discipline." "Au-delà des chiffres, c'est un ressenti qui mine la profession, déplore sur franceinfo Sophie Vénétitay, secrétaire nationale du SNES. Les enseignants peuvent être ciblés à tout moment, comme si toute barrière était tombée."
Banalisation de la violence
Alors que l'institution a souvent été accusée ces dernières années de vouloir mettre la poussière sur le tapis et de ne pas suffisamment soutenir ses enseignants, un décret du ministre permet désormais de changer d'établissement un enfant dont les parents auraient proféré de graves menaces contre un enseignant. C'est ce qui s'est passé en Haute-Garonne. "Nous avons été le seul syndicat à voter en faveur de cette mesure, précise Karim El Ouardi, président académique du Snalc. Ce qui nous inquiète, c'est la hausse de ces faits de violence dans le premier degré, les collèges et les lycées pros."
À Nîmes, une professeure menacée de mort
Le syndicat fait remonter plusieurs cas préoccupants ces derniers mois, avant la fin de l'année scolaire. Dans une école primaire de Pignan, une jeune contractuelle avait subi des menaces violentes après avoir effectué une information préoccupante concernant un enfant auprès des services sociaux ; une professeure de français menacée d'agression à son domicile par un élève. Dans un lycée professionnel de Nîmes, une professeure de cuisine insultée et menacée de mort, couteau en main par un élève de seconde. L'image d'un enseignant mis à terre par plusieurs élèves au lycée Jules-Guesde de Montpellier, au printemps dernier, avait aussi marqué les esprits. "Il faut évidemment plus de personnels et de psychologues mais il y a une banalisation de la violence sur les écrans, les réseaux sociaux, et parfois au sein même des cellules familiales, déplore Karim El Ouardi. Rien ne justifie cette violence. Nous devons tous tirer dans le même sens car la sanction fait partie de l'éducation." Pour Sophie Vénétitay, du Snes, c'est "toute la société qui doit faire bloc autour des enseignants, y compris les politiques."



