Villeneuve-Loubet : les restaurateurs attaquent l'État en justice
Villeneuve-Loubet : les restaurateurs attaquent l'État en justice

Les restaurateurs du bord de mer de Villeneuve-Loubet, dans les Alpes-Maritimes, ont décidé de porter l'affaire devant la justice. Après avoir reçu des mises en demeure de démolition de la part de l'État, ils contestent le nouveau tracé du domaine public maritime qui menace leurs établissements. La municipalité, menée par le maire Lionnel Luca, se joint à cette contre-offensive judiciaire.

Une décision préfectorale contestée

Par un arrêté préfectoral du 26 mars 2026, l'État a acté un nouveau tracé du domaine public maritime sur les secteurs des Maurettes et de Vaugrenier à Villeneuve-Loubet. Cette décision intègre d'office des propriétés privées, des commerces et la moitié du parking communal dans le domaine public. Début juillet, des mises en demeure ont exigé la démolition des ouvrages sous trois mois, soit avant début octobre.

Christophe Siri, propriétaire du restaurant La Cabane, décrit une situation dramatique. Installé depuis 2020, il a investi toutes ses économies dans son établissement de 1 500 m², dont 1 000 m² de terrasse. Son restaurant génère environ 3 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel et emploie jusqu'à 30 salariés en haute saison. Le nouveau tracé exige la démolition de son mur d'enrochement, ce qui réduirait sa terrasse de 200 à 250 m², soit près de 20 % de sa surface d'exploitation.

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« Ce sont les plus belles tables de l'établissement qui risquent de disparaître », déplore Christophe Siri. Les travaux de démolition et de reconstruction sont estimés entre 300 000 et 400 000 euros, sans compter la perte d'activité. S'il n'obtempère pas, il risque des amendes et des astreintes journalières. « On a pris une avocate spécialisée. Le dossier sera déposé d'ici début septembre au tribunal administratif », annonce-t-il, ajoutant : « On vient du jour au lendemain, on vous enlève tout sans indemnité. C'est le projet d'une vie de travail et de sacrifices. »

La préfecture justifie par l'érosion côtière

La préfecture des Alpes-Maritimes justifie cette mesure par le recul irréversible du trait de côte. Selon elle, la mer a grignoté 30 mètres de plage au cours des 40 dernières années. La surface totale des plages concédées à Villeneuve-Loubet est passée de 36 300 m² en 1982 à seulement 20 600 m² en décembre 2023, soit une perte de 15 700 m². La préfecture affirme que les exploitants et les propriétaires ont été informés dès juillet 2025 de la procédure, par voie électronique.

Quatre autres restaurateurs sont également concernés : The 716 Beach, Le Beach Klubber, Le Mombasa Beach et Raani. Tous ont l'intention de déposer des recours devant le tribunal administratif.

La ville de Villeneuve-Loubet se joint au combat

Le maire de Villeneuve-Loubet, Lionnel Luca, refuse de se plier à ce qu'il qualifie de « diktat ». Son conseil municipal a voté à l'unanimité contre ce redécoupage. Après un recours gracieux resté sans réponse, la ville lancera un recours contentieux d'ici le mois de novembre pour protéger son domaine communal. « L'État modifie les règles du jeu en cours de route pour des exploitants titulaires de baux commerciaux, sans véritable concertation ni indemnisation prévue », dénonce le maire.

Le nouveau tracé ampute également la moitié du parking des Maurettes, qui sert d'écran de protection à la route départementale RD 6098. « L'État nous empêche de conforter le parking des Maurettes, de le protéger », s'indigne Lionnel Luca. Il pointe une « absurdité administrative » : un refus d'un confortement pérenne à 80 000 euros, puis une autorisation début juillet pour un aménagement temporaire à 30 000 euros, et enfin un ordre de démolition le 18 juillet. « Qui peut croire au sérieux de l'État avec de telles méthodes ? » s'interroge-t-il.

Le maire espère que le nouveau préfet saura prendre en compte la réalité du terrain. En attendant, les restaurateurs et la municipalité unissent leurs forces pour défendre leurs commerces et leur territoire face à une administration qu'ils jugent déconnectée des réalités locales.

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