Le procès d’Anthony Barotin, accusé du double assassinat de ses beaux-parents Patrick et Marie-Laure Lauro, s’est ouvert ce lundi 29 septembre devant la cour d’assises du Var, à Draguignan. L’accusé, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, a maintenu sa rétractation formulée fin 2023, affirmant avoir tiré « sous la menace » d’hommes en noir, alors qu’il avait initialement avoué les faits en garde à vue puis devant la juge d’instruction.
Un récit de cambriolage qui tourne au drame
À l’ouverture des débats, Anthony Barotin, visage fermé et chemise à carreaux bleus et blancs marquée de larges auréoles de transpiration, a livré sa version des faits à la présidente Emmanuelle de Rosa. « J’ai tiré une fois sur Patrick, sous la menace », a-t-il déclaré, avant de poursuivre : « Oui, j’ai acheté une arme et je me suis rendu sur place. Mais je n’étais pas seul. Il y avait deux hommes avec moi. Je n’avais pas connaissance de leur projet criminel. On m’avait présenté ça comme un cambriolage pour récupérer des documents chez mon beau-père. »
Selon cette thèse, qui a donné lieu à un réquisitoire supplétif durant l’instruction, le conflit entre Patrick Lauro et le fils d’un de ses amis, lié à la vente d’un terrain, aurait été suffisamment important pour que soit commandité un double assassinat, confié à trois hommes, dont Anthony Barotin dans le rôle de « fusible ». Sept tirs de calibre 22LR à bout portant ont été dénombrés sur les deux victimes.
La défense dénonce des expertises manquantes
Me Philippe Capsié, avocat de la défense, a estimé que la juge d’instruction n’est pas allée « au bout des investigations » concernant des prélèvements effectués dans le véhicule emprunté par l’accusé pour se rendre chez ses beaux-parents le 2 juillet 2021. « Ces prélèvements n’ont jamais été expertisés, alors qu’ils auraient pu permettre d’accréditer le récit de mon client, de prouver qu’il n’était pas tout seul », a-t-il regretté, sollicitant le renvoi du procès et un supplément d’information. La cour a décidé de sursoir à statuer, « dans l’attente d’entendre les témoins et experts ».
Les premiers témoignages de la journée, consacrés à la personnalité de l’accusé, ont dressé le portrait d’un homme « trop sûr de lui », « arrogant », « égoïste », mais aussi « fiable » et « sociable ». Après avoir acquis plusieurs auto-écoles dans la région de Saint-Maximin, cet « autodidacte » a connu des difficultés financières, revendant son affaire à son beau-père en 2018, puis acquérant un garage Citroën et une villa en s’endettant lourdement l’année suivante. Sa relation avec les Lauro s’est dégradée au fil des ans, Patrick Lauro estimant que son gendre lui avait laissé un passif trop important.
Un « crime d’amour-propre » selon l’expert psychiatre
L’expert psychiatre Serge Suissa a analysé la dynamique du conflit : « Il avait l’impression qu’on lui répétait sans cesse qu’il devait tout à ses beaux-parents, que ceux-ci tenaient des propos dénigrants à son encontre. Cela le blessait sur le plan narcissique. Il a alors développé une rage, une haine, envers eux. » Jusqu’à commettre, selon lui, « un crime d’amour-propre ». L’accusé avait confié à l’expert psychologue Didier Veschi en juillet 2022 : « J’étais obnubilé par ça. Quitter ma vie était inconcevable. Donc l’autre option était de les éliminer. »
Trois ans plus tard, Anthony Barotin tient un tout autre discours devant ses juges. Le verdict est attendu vendredi. Les jurés devront déterminer si la thèse de la menace, défendue par l’accusé et sa défense, peut ébranler la version des aveux initiaux, alors que la cour a choisi d’entendre l’ensemble des témoins et experts avant de statuer sur la demande de supplément d’information.