Un an ferme requis contre la gérante d'une épicerie de nuit pour vente de protoxyde d'azote à Roubaix
Un an ferme requis contre gérante d'épicerie pour protoxyde d'azote

Ce vendredi 15 mai, la gérante d'une épicerie de nuit de Roubaix (Nord) a comparu devant la 8e chambre du tribunal correctionnel de Lille pour avoir organisé un « drive » clandestin de protoxyde d'azote, communément appelé gaz hilarant. L'affaire intervient deux jours après la condamnation à six ans de prison d'un jeune conducteur responsable de la mort de sa passagère après avoir consommé alcool, cannabis et une dizaine de ballons de ce gaz.

Un système de drive bien rodé

Les faits remontent à novembre 2023, lorsque Isaac M. fonde une épicerie de nuit à Roubaix. Le 27 août 2024, il est incarcéré et sa sœur, Sarah M., 25 ans, reprend la gérance. Très vite, les riverains alertent la police municipale sur les nuisances du commerce. Une enquête préliminaire est ouverte par le parquet de Lille, confiée à la brigade administrative du SLPJ de Roubaix.

Les enquêteurs découvrent un marché parallèle parfaitement organisé. Le système fonctionnait comme un drive : les consommateurs achetaient dans l'épicerie des jetons colorés ornés de dessins de fraises ou de pastèques selon le parfum souhaité, puis regagnaient leur véhicule. Des vendeurs, officiant toute la nuit dans un appartement voisin, échangeaient les bonbonnes de gaz, embouts et ballons contre les jetons.

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Un trafic massif

Entre le 1er octobre 2024 et le 9 décembre 2025, date de l'interpellation de Sarah M., le commerce nocturne a tourné à plein régime. Rien qu'entre le 26 octobre et le 1er décembre 2025, 982 cartons contenant des bouteilles de protoxyde d'azote ont été livrés. La présidente du tribunal a révélé que 186 000 euros avaient été versés sur un compte personnel de la prévenue en seulement dix mois. Lors de la perquisition à son domicile, 13 165 euros en espèces ont été retrouvés dissimulés dans un tabouret.

Un travail dissimulé généralisé

Le nœud financier de l'affaire réside dans le travail dissimulé : aucun salarié n'était déclaré à l'URSSAF avant avril 2025, les vendeurs et livreurs étaient payés en liquide, et une microentreprise couplée à la société F.M. (l'épicerie) permettait de récupérer les recettes de la vente du gaz sans déclarer ces flux financiers. « Un sac de nœuds », a ironisé la présidente face à cette gestion opaque.

Sarah M. a tenté de se défendre en mettant en cause son comptable, affirmant avoir cru naïvement que tout était géré par le cabinet. Mais la procureure a souligné la dangerosité extrême du protoxyde d'azote, rappelant les accidents mortels survenus dans la métropole lilloise impliquant des conducteurs sous emprise du gaz. « Vous avez un peu vendu de la mort… », a-t-elle tonné.

Les réquisitions du parquet

La procureure a requis 2 ans d'emprisonnement dont un an ferme assorti d'un sursis probatoire, l'obligation de rembourser les sommes dues à l'URSSAF, une interdiction de gérer une société pendant 10 ans, et une amende délictuelle de 25 000 euros pour Sarah M. Pour la société F.M., elle a demandé 35 000 euros d'amende et la fermeture définitive de l'établissement.

En défense, Me Bernadette Ngo Massogui a dépeint une jeune femme « dépassée par la situation et manquant cruellement de compétences », soulignant l'absence de réel enrichissement personnel, l'argent ayant été systématiquement réinvesti selon elle. La décision a été mise en délibéré au 28 mai.

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